« L’État n’a pas les moyens de la politique de protection des prédateurs qu’il veut conduire, s’insurge Thomas Vernay, de la Confédération paysanne. Les barèmes d’indemnisation, pour le printemps prochain, proposés vendredi lors d’une réunion de travail par le préfet coordonnateur, sont loin de ceux que l’on avait discutés lors des précédentes réunions. Le travail de l’Institut de l’élevage a été balayé par le ministère de la Transition écologique. »

Autre point de désaccord : les pertes indirectes dues au stress, comme la perte de lait ou les avortements. « Elles ne sont pas suffisamment prises en compte pour les petits troupeaux et les élevages laitiers et fromagers », soutient Thomas Vernay. Par ailleurs, selon lui, tous les élevages sont tirés vers le bas. « La prime de dérangement par exemple va être supprimée, déclare-t-il. D’un montant de 160 € par attaque, elle était prévue dans le barème « ours ». Celle-ci était symbolique, mais c’était une reconnaissance du travail supplémentaire imposé à l’éleveur et au berger. Nous voulons que celle-ci soit versée à tous les éleveurs subissant les attaques d’ours, de loup ou de lynx. »

« Conditionnalité actée »

Il n’y aura pas de retour en arrière pour la conditionnalité des indemnisations à la mise en place des moyens de protection. Celle-ci a été notifiée à la Commission européenne.

Pour les éleveurs en zone « ours », c’est la triple peine. Ils perdent la prime de dérangement, tout en étant soumis à la conditionnalité, « sans aucun droit supplémentaire en face pour défendre leur troupeau », regrette Thomas Vernay.

Pour la Confédération paysanne, la prise en charge des moyens de protection devait être financée à 100 %, « comme nous le demandons depuis de longue date », rappelle Thomas Vernay et comme la Commission l’a proposée le 8 novembre dernier. « L’attitude du gouvernement d’harmoniser par le bas est inadmissible ! »

Pour la Fédération nationale ovine, « il y a un gros travail à faire d’ici au mois de mars pour la revalorisation des barèmes », indique Claude Font. Même chose pour le dossier concernant la notion de non-protégeabilité des troupeaux qui était discuté vendredi également. Des départements devraient réfléchir au sujet prochainement.

« Le problème c’est que dans certaines zones, l’État n’a pas les moyens d’installer les moyens de protection sans faire “sauter la banque”, lance Claude Font. Dans l’immédiat, ce dernier attend de pied ferme les prochains chiffres de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage concernant les effectifs de loups. S’ils dépassent 500 après les comptages estivaux, nous remettront en cause le plan national loup dans son intégralité », explique-t-il.

M.-F. M.