Jeudi 28 septembre, dans le cadre des négociations d’un accord commercial avec les pays du Mercosur, la Commission européenne a proposé aux États membres d’octroyer un contingent tarifaire annuel de 70 000 tonnes-équivalent carcasse de viande bovine, partagé de manière égale entre viande fraîche et viande congelée.

S’en sont rapidement suivies les déclarations successives des défenseurs de la filière bovine française, convaincus que cette porte ouverte au Mercosur torpillera l’économie déjà fragile de la production. D’autant que la filière tente encore de se protéger du Ceta, ouvrant un contingent à droit nul aux viandes canadiennes.

Des négociations « irresponsables »

« Comme les viandes canadiennes, les viandes bovines sud-américaines ne répondent en aucun point aux attentes des consommateurs, que ce soit en termes de traçabilité, de sécurité sanitaire, d’environnement et de protection animale », assure l’interprofession du bétail et de la viande (Interbev). Cette dernière n’y va pas avec les dos de la cuillère, jugeant ces négociations commerciales « irresponsables », et exige du gouvernement français qu’il les rejette.

« Notre demande d’exclusion définitive de la viande bovine de tout accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur est non négociable, martèle Dominique Langlois, président d’Interbev, cité dans un communiqué diffusé ce 29 septembre 2017. Nous refusons que les viandes bovines servent une nouvelle fois de monnaie d’échange. »

Même levée de bouclier du côté de la Fédération nationale bovine (FNB), pour qui la Commission européenne « vient de signer l’arrêt de mort » des éleveurs européens. Elle dénonce une « attitude aussi incohérente qu’injustifiable et se tient prête à engager un bras de fer sans concession avec Bruxelles ».

La FNB rappelle également que le Brésil « est empêtré depuis plusieurs mois dans un scandale de corruption ayant abouti à la mise en œuvre d’un vaste réseau de commercialisation de viandes avariées, impliquant tout à la fois le géant industriel du secteur de la viande et les services vétérinaires de l’État. »

La viande est un « produit sensible »

Du côté des députés, certains se demande si la Commission n’a pas perdu la tête. C’est le cas de Jean Arthuis (En Marche), député européen, et ancien ministre de l’Économie et des finances.

Pour l’eurodéputé Éric Andrieu, porte-parole des sociaux-démocrates européens à l’agriculture, le contingent proposé par la Commission européenne « est inacceptable au vu de l’état de saturation du marché intérieur qui est à l’origine d’une crise sans précédent ». Il accuse, lui aussi, l’Europe de se servir de l’agriculture comme d’une monnaie d’échange. « La viande bovine doit, impérativement, en tant que produit extrêmement sensible, être exclue de ces négociations, car au-delà de milliers d’emplois menacés, c’est l’avenir même de nos territoires qui est en jeu », plaide Éric Andrieu.

Justifier les chiffres

Tokia Saïfi (PPE), député européen, membre de la commission du commerce international au Parlement européen, accuse la Commission européenne de « foncer tête baissée sans prendre le temps d’écouter le secteur agricole. Je refuse ces méthodes et ces chiffres présentés sans aucune explication, lance-t-elle. Si la Commission veut faire une offre et ouvrir un nouveau contingent, alors elle doit démontrer que cette ouverture est sans risque pour le secteur et justifier avec précision le chiffre proposé. »

Franck Proust, lui aussi membre de la commission du commerce international au Parlement européen, renchérit et demande à la Commission européenne quelles seront les conséquences de son offre sur les agriculteurs. « Il y en a marre de ne penser qu’en matière de pourcentage, de chiffres, en matière agricole il y a aussi une réalité qui touche nos territoires, notre autosuffisance, nos emplois, notre savoir-faire », scande-t-il.

Hélène ChaligneJournaliste web