« Transmission et installation » : tel était le thème du 12e congrès de l’organisation des producteurs de lait (OPL, branche laitière de la Coordination rurale) qui se tenait jeudi 5 avril à Bagnoles-de-l’Orne. Un angle qui a rapidement dévié sur le prix du lait l’après-midi, au cours de la table-ronde réunissant plusieurs représentants d’OP (Gillot, Danone, Savencia, France Milk Board…) et le responsable des achats pour le Grand Ouest de Savencia (ex-Bongrain).

« C’est bien beau de disserter sur la restructuration, sur les difficultés de recrutement et sur l’impossibilité de recruter et de transmettre nos outils. Mais à titre personnel, la Pac nous a retiré des DPB, et avec la hausse de 50 % des aliments c’est 35 000 €/an en moins pour l’exploitation. Si nous pouvions gagner 100 €/1 000 l de plus, tous les problèmes évoqués seraient résolus. Nous pourrions embaucher rendre le métier viable et vivable et recréer des vocations », a ainsi recadré fermement un éleveur présent dans la salle.

« Le lait français est valorisé à 1 250 €/1 000 l »

Un discours soutenu arguments à l’appui par l’OPL représentée par sa présidente Véronique Le Floc’h. Selon elle, les filières françaises auraient en effet largement de quoi redistribuer 100 €/1 000 l de marge et au moins couvrir les coûts de production évalués à 422 €/1 000 l (par la méthode Rica en moyenne 5 ans officiellement reconnue). « Le lait français est valorisé à 1 250 €/1 000 l contre 700 €/1 000 l en Allemagne avec la même paye pour les éleveurs. Ce différentiel de 550 € montre qu’il y a de la marge. Ce n’est pas que du coût social ! Et nous savons que cette valorisation laitière a grimpé de 200 €/t ces dernières années. Il y a du potentiel pour rémunérer les éleveurs », a ainsi appuyé la présidente de l’OPL.

Selon Rémi Lescène, responsable des achats de Savencia (ex-Bongrain) pour le Grand Ouest, « la valeur ajoutée se construit avec des coûts qui sont des coûts d’innovation, des coûts industriels. Ce n’est pas parce que le produit lait est à 1 250 €/t que la marge est élevée ».

Un point de vue en partie partagé par Damien Lecuir, éleveur laitier dans le Calvados et représentant de l’organisation de producteurs de Danone pour la Normandie, qui craint « de détruire les filières avec de tels niveaux de rémunération ». Et Rémi Lescène d’ajouter : « Pour Savencia, 50 % du lait est vendu à l’exportation avec des niveaux de valorisation inférieurs. On peut aussi se replier sur le marché français et diviser par deux les volumes de collecte. »

Les coopératives absentes

Une riposte du représentant de Savencia qui ne convainc pourtant pas la présidente de l’OPL : « Le Royaume-Uni valorise son lait à l’exportation entre 1 050 et 1 100 €/1 000 l. » Sous-entendu : pourquoi les producteurs français devraient-ils payer les mauvais résultats des industriels français à l’exportation vers les pays tiers (hors UE avec une valorisation de 850 €/t) ? Elle ajoute que « seuls 14 % des volumes français sont valorisés vers les pays tiers et rappelle que la valorisation moyenne du lait français est de 1 250 € ».

Véronique Le Floc’h évoque par ailleurs les politiques d’investissement des industriels qui masquent les profits générés dans la présentation des résultats des entreprises. Les investissements plombent le résultat net, « mais pourquoi ne pas investir sur des durées plus longues et permettre une redistribution où tout le monde serait gagnant », avance-t-elle.

Grande absente des débats ce jour-là : les coopératives, qui étaient invitées et qui totalisent 60 % de la collecte laitière. Pour Charles de Paris, président de l’OP en lait d’appellation d’origine protégée et signes distinctifs officiels de qualité pour Gillot, « il faut savoir ce que l’on veut. Aujourd’hui, nous voyons des agriculteurs qui ont fait émerger des projets dans l’industrie de la méthanisation. Pourquoi ne pas investir dans des outils de transformation ? »

Alexis Dufumier