À la fin de mars 2020, l’interprofession laitière (Cniel) a annoncé le lancement d’un plan de soutien à la réduction volontaire de la production laitière. Ce programme, pas approuvé par les autorités européennes, propose l’indemnisation d’une baisse des livraisons (entre 2 et 5 %) à hauteur de 320 €/1 000 litres sur les litrages évités.

Une manœuvre jugée utile par la fédération d’organisations de producteurs France OP lait, qui déplore néanmoins « l’absence de toute concertation en amont de cette décision », dans un communiqué du 15 avril 2020.

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Industriels en roue libre

« Les OP n’ont aucun rôle dans la mise en œuvre de ce dispositif alors même qu’elles ont pour mission d’adapter l’offre à la demande en vertu de la réglementation européenne », insiste la fédération. Résultat, « la mise en œuvre de la réduction de volume sera individuelle entre les producteurs et les industriels, puis avec le Cniel. »

Une « aubaine » pour les industriels ? Pour France OP lait, la rupture des négociations sur le prix du lait par certaines laiteries montre les failles de cette organisation. Dernier exemple en date, Savencia. Aux dires de l’OP FMB sud-ouest et de l’association d’OP Sunlait, l’industriel a décidé de manière « unilatérale » de ne plus appliquer les formules en vigueur jusqu’à récemment et d’imposer ses prix, revus à la baisse, sur les prochains mois. « Les éleveurs constituent la variable d’ajustement de la filière », estime FMB, dans un communiqué publié le 14 avril 2020.

« Tro tôt » pour les « procès d’intention »

« L’épisode sanitaire actuel ne saurait devenir le prétexte à la mise en place d’une zone de non-droit, où les accords et les contrats pourraient être bafoués en toute impunité », s’agace France OP Lait. « Les entreprises réagissent mais il est encore trop tôt pour leur faire un procès d’intention. Après la crise, on sera en capacité de voir si certaines ont profité de la situation », souligne de son côté Thierry Roquefeuil, président du Cniel.

Afin de se prémunir de ces « abus », Pierre Moineau, secrétaire de France OP lait, avance une solution toute trouvée : « C’est avec les OP, et elles seules, que doivent se discuter les ajustements nécessaires sur les prix et les volumes. »

« Le plan d’urgence s’est fait en coconstruction au sein de la filière, et les OP n’ont pas été exclues du dialogue, note toutefois Thierry Roquefeuil. Leur rôle est maintenant de travailler à la mise en œuvre du programme avec les entreprises, cela n’est pas remis en cause.

A. Courty