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L’EMB veut mettre le feu aux poudres

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Lait
 - L’EMB veut mettre le feu aux poudres
© E. Casalegno/GFA

En faisant visiter un entrepôt de stockage communautaire de poudre de lait, le syndicat européen veut attirer l’attention sur les conséquences désastreuses de l’absence de régulation européenne de la production laitière. Aujourd’hui, plus de 370 000 tonnes sont stockées et ne trouvent pas preneur, tirant les prix à la baisse. Jusqu’à leur destruction ?

Un immense hangar froid à Herstal, quelque part dans une triste banlieue de Liège, en Belgique. De part et d’autre de l’allée centrale, des palettes de sacs de 25 kg de poudre de lait écrémé s’empilent. L’un d’eux est déchiré, une poudre blanche à l’odeur légèrement sucrée s’en échappe.

Ce 24 janvier 2018, ce n’est pas l’office de lutte contre le trafic de drogue qui faisait une descente dans une planque, mais le syndicat laitier European Milk Board (EMB) qui invitait la presse et des eurodéputés chez Vincent Logistics, afin de mettre une image sur l’ampleur du problème laitier.

© E. Casalegno/GFA

« Une épée de Damoclès au-dessus de la filière laitière »

« L’EMB a proposé cette visite pour visualiser le problème d’une telle quantité de poudre de lait, qui est une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la filière laitière, souligne Romuald Schaber, le président de l’EMB. C’est la première fois que la plupart d’entre nous se trouvent dans un entrepôt, et c’est impressionnant. »

Dans ce hangar privé, l’un des sept loués par la Région wallonne pour stocker les surplus européens de lait, « il y a 503 084 sacs rangés sur 8 395 palettes, soit près de 12 800 tonnes de poudre de lait » conservées depuis l’automne 2016, détaille avec humour Jean-Luc Cuvellier, du ministère de l’Agriculture wallon. Soit 33 % des stocks wallons, 17 % des stocks belges ou encore 3 % des stocks communautaires.

Achetés à l’intervention

Ces volumes ont été achetés par Bruxelles à l’intervention, au prix de 1 698 € la tonne. Ce mécanisme est déclenché chaque année entre mars et septembre, pour racheter les surplus qui encombrent le marché. Romuald Schaber ne condamne pas l’outil en tant que tel. « L’intervention permet certainement d’amortir et de redistribuer la surproduction saisonnière. Il est tout à fait utile d’amasser du lait en poudre lors des pics de production et de le revendre ultérieurement, dès que le marché a retrouvé son équilibre et que la demande augmente. »

Mais cet outil n’est pas capable de régler une crise telle que celle qui frappe la filière laitière depuis 2015. Depuis deux ans, l’intervention est submergée de flots de lait en poudre, Bruxelles ayant décidé de relever à deux reprises la quantité maximale initiale de 109 000 t. Et aujourd’hui, l’UE se trouve avec 380 000 tonnes sur les bras, répartis dans des entrepôts dans différents États membres et impossibles à écouler sur un marché saturé. Et ce, sans compter les stocks privés, eux aussi aidés.

« Comment l’UE peut-elle vendre à perte ? »

Seulement 2 084 t ont été vendues par appel d’offres depuis décembre 2016, dont 1 864 t récemment, en janvier 2018. De plus, si la poudre est achetée à un prix fixé, elle est revendue à un cours déterminé par l’état du marché. Or, ce n’est pas fameux aujourd’hui : ces quantités ont été vendues « entre 11 et 12 centimes/kg alors qu’elles ont été achetées entre 18 et 20 centimes », souligne Erwin Schöpges, membre de l’EMB, qui s’interroge : « Comment l’UE peut-elle vendre à perte ? Ce n’est pas une gestion de “bon père de famille”, cela ! » Pour l’EMB, il faut réduire les volumes d’intervention et augmenter simultanément le prix d’intervention.

Sans compter le coût du stockage, qui s’élevait à 9,6 millions d’euros pour la seule année 2017. Or, la poudre destinée à l’alimentation humaine se conserve entre 2 et 3 ans seulement. Une partie des stocks arrivera donc prochainement à expiration. Deux solutions s’offriront alors : l’alimentation animale ou la destruction pure et simple. Un véritable gâchis aux yeux de l’EMB, et le résultat de la libéralisation des marchés. Il appelle les eurodéputés à « mettre fin à cette politique agricole », la presse à porter leur parole vers les citoyens, et les citoyens à soutenir des politiques et des projets « plus équitables ».

Le syndicat interpelle aussi le Copa-Cogeca et les syndicats nationaux qui en sont membre (FNSEA et JA pour la France), ainsi que les industriels laitiers, qui ont encouragé les éleveurs à produire davantage, et les exhorte à « gérer les volumes de façon raisonnable ». Aux agriculteurs, ensuite, de prendre leurs responsabilités ».

Un prix équitable à 450 €/1 000 l

«Nous voulons prix du lait qui couvre les coûts de production, pas 350 €/1 000 l ni même 400 €, mais 450 €, réclame Erwin Schöpges. Ce sont des calculs officiels qui donnent ce prix juste, équitable et rémunérateur partout en Europe, absolument nécessaire pour la sauvegarde de la filière laitière dans un environnement familial. »

Le syndicat renouvelle donc sa proposition de programme de responsabilisation face au marché (PRM) « pour façonner les marchés, afin qu’à l’avenir, il ne soit plus possible d’avoir autant de marchandise en entrepôt. » Ce PRM prévoit un suivi du marché par une « agence de surveillance centrale » pour anticiper l’approche d’une crise, ainsi qu’un plan d’action en trois temps pour réagir face à une crise :

  • Activation du stockage privé, encouragement à des usages du lait autres que pour l’alimentation humaine ;
  • Prime à la réduction de la production de 5 %, et pénalisation des exploitations en dépassement ;
  • Réduction obligatoire de la production laitière de 2-3 % pour tous.
E.C.

Plus de la moitié des stocks dans trois pays
© E. Casalegno / GFA
© E. Casalegno / GFA

L’Union européenne totalise aujourd’hui 378 578 tonnes de poudre de lait écrémé achetées à l’intervention et entreposées dans différents États membres.

Mais tous n’ont pas alimenté ces stocks au même niveau, la plupart des plus gros producteurs et exportateurs étant aussi ceux qui ont le plus utilisé l’intervention.

France, Belgique et Allemagne en tête

Avec 66 000 tonnes, la Belgique fait partie du trio de tête européen des pays stockeurs, avec la France (72 000 t) et l’Allemagne (65 000 t). À eux trois, ils détiennent 54 % des volumes de poudre mis à l’intervention.

Le second groupe comprend l’Irlande, l’Italie, les Pays-Bas et la Pologne, avec 40 %. Les 6 % restants sont répartis dans les 21 autres États membres.

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