« C’est assez inédit dans la conjoncture laitière, mais il y a un déséquilibre entre la valorisation de la matière grasse et de la matière protéique », présente Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), lors d’une conférence de presse à Paris le 13 avril 2017. En effet, le cours de la matière protéique, qui était remonté en seconde partie de 2016, se maintient encore en 2017, avec même des tensions sur la disponibilité.

A contrario, le marché de la matière protéique souffre du poids des stocks européens, d’environ 350 000 tonnes. « Le prix est redescendu au seuil d’intervention, assure Dominique Chargé. La semaine dernière, des acteurs, et notamment la Pologne, ont mis leurs poudres de lait à l’intervention. » Car comme chaque année, l’Europe a ouvert un contingent de 109 000 tonnes.

Le lait français payé plus cher, mais ça ne suffit pas

Dominique Chargé retrace le contexte d’une année 2016 dont la production est restée stable, à 0,5 %, mais dans un déroulé très inégal. « Au premier semestre, la production a augmenté, dit-il. Mais entre la baisse des prix à la production et la sécheresse qui a pénalisé les disponibilités fourragères, la tendance s’est inversée. Sans compter qu’au dernier trimestre, les mesures de réduction volontaire de production ont accéléré la baisse. »

Le prix du lait a augmenté partout en Europe à la mi-2016, consécutivement à la baisse de la production, à la remontée des cours de la matière grasse, et à un degré moindre, de la poudre de lait. « Depuis la mi-2015, quand la crise s’est exacerbée en Europe, le prix du lait en France a nettement moins baissé que dans le reste de l’Europe, souligne-t-il. J’en veux pour preuve qu’en 2016, la moyenne française est 37 € plus élevée qu’en Allemagne. C’est important. Et en janvier 2017, l’écart reste favorable aux producteurs français, de 8 €. »

Néanmoins, la FNCL admet que les prix de poudre de lait et du beurre ne suffisent pas à soutenir les producteurs. « Ils avaient sérieusement remonté à la fin de 2016, pour atteindre des niveaux plutôt élevés au début de 2017, aux alentours de 2 200 €/t pour la poudre de lait, rappelle Dominique Chargé. Cela donnait des perspectives de remontée du prix du lait aux producteurs. La valorisation beurre/poudre, sur la base des cotations, était aux alentours de 320 ou 330 €/1 000 l. Mais la baisse des poudres de lait, si elle perdure, ne pourra permettre au prix du lait versé aux producteurs d’atteindre les niveaux dont ils ont besoin pour reconstituer leur trésorerie. »

« Mettre en place de mesures réactives, et même contraignantes »

Pour enrayer ces déséquilibres, la FNCL propose des mesures structurelles, notamment d’ordre politique. D’abord, il est, selon Dominique Chargé, nécessaire de réforme la loi de modernisation de l’économie (LME) « Tout le monde fait l’analyse aujourd’hui qu’elle a entraîné l’économie agricole et agroalimentaire dans une spirale déflationniste, destructrice de valeur et d’emploi », regrette-t-il.

À l’échelle européenne, la FNCL propose la mise en place de mesures réactives, et même contraignantes. « Nous soutenons l’initiative du Cniel d’adresser un courrier au commissaire européen Phil Hogan, pour lui demander que la mesure de réduction volontaire de production puisse prendre une forme d’automaticité dès lors que le plafond d’intervention des 109 000 t est atteint, lance Dominique Chargé. Nous pensons même qu’il ne serait pas inutile d’inciter les opérateurs à maîtriser leur production dès lors qu’ils continuent à faire appel à l’intervention alors que le plafond des 109 000 tonnes est atteint. »

La FNCL regrette aussi de ne pouvoir utiliser l’aide alimentaire comme levier. « C’est ce que font les États-Unis pour équilibrer leur filière, dit-il. Équilibre qui nous fait cruellement défaut aujourd’hui. » Pourquoi pas aussi orienter les surplus vers des valorisations non alimentaires, comme le textile de caséine, ou les cosmétiques ?

Hélène ChaligneJournaliste web