« La Chine, déficitaire en production laitière, a une grande influence sur l’équilibre du marché mondial », a souligné Martial Marguet, le président de l’Institut de l’élevage (Idele), lors d’une visioconférence le 27 mai 2020. De fait, un quart du lait consommé en Chine est issu des importations, soit l’équivalent de 10,7 milliards d’euros en 2019 (+ 17 % par rapport à 2018). La croissance de la filière laitière locale, le ralentissement de la croissance démographique et la fermeture partielle des frontières pendant le confinement inquiètent les économistes.

Filière en expansion

Après une relative stabilité depuis 2008, la collecte laitière chinoise a rebondi de 4 % sur un an en 2019 pour finalement atteindre 32 millions de tonnes. En cause, « le sursaut du prix du lait payé aux producteurs et un coût alimentaire maîtrisé », explique Jean-Marc Chaumet, économiste à l’Idele.

L’an passé, le prix du lait a grimpé de 5 à 10 % selon les opérateurs, confortés par une demande intérieure solide. « Le consommateur chinois consomme en moyenne 30 litres équivalent lait par an, mais la marge de progression est importante puisque moins de la moitié de la population locale serait au fait des recommandations du gouvernement de consommer 300 grammes d’équivalent lait par jour », note Jean-Marc Chaumet.

Le Covid-19 est venu rebattre les cartes. La fermeture de la restauration hors foyer (RHF) a lourdement impacté la consommation de produits laitiers. Le blocage de certaines routes a également compliqué le transport des intrants, du lait et des animaux vifs. « Des milliers de tonnes de lait ont été jetées dans 13 provinces », relate l’économiste. Le chiffre d’affaires des industriels fait également grise mine, avec une exception pour les spécialistes du lait infantile. Malgré tout, la collecte nationale aurait encore grimpé de 5 % sur le premier trimestre par rapport à 2019.

Un retour à la normale annoncé pour 2021

Conséquence directe du confinement, la production d’ingrédients secs, et notamment de poudre grasse, s’est envolée. Sur les 4 premiers mois 2020, la constitution interne de stocks et les difficultés logistiques à l’importation ont freiné les achats chinois.

Les perspectives annoncées par l’institut Gira foodservice, qui scrute la consommation alimentaire mondiale, sont plutôt optimistes. « Concernant la poudre maigre, nous prévoyons une baisse limitée des importations de l’ordre de 3 % sur un an en 2020, voire moins, explique Christophe Lafougère, analyste chez Gira spécialisé sur l’industrie laitière. Ce produit ne fait pas partie du mix-produit des industriels chinois. » Une bonne nouvelle pour les Européens.

Le constat est plus préoccupant pour la poudre grasse, rapport aux stocks constitués en début d’année (jusqu’à 200 000 tonnes supplémentaires). « La baisse des importations chinoises devrait tourner autour de 15 % cette année, mais cela concerne davantage la Nouvelle-Zélande. »

De la même manière, la baisse de la demande chinoise en poudre de lactosérum impacte en premier lieu les États-Unis. Enfin, pour les matières grasses solides, fréquemment utilisées en alimentation à emporter, le Gira s’attend à une hausse des achats chinois de l’ordre de 17 % sur l’année 2020. Dans tous les cas, et sur l’ensemble des produits, un retour à la normale est annoncé pour 2021.

A. Courty