« Depuis sa mise en place effective en janvier 2018, il y a une déception concernant le Ceta du côté européen », a lancé Gérard Calbrix, économiste à l’Atla, lors de la conférence sur les marchés mondiaux du lait, organisée par l’Institut de l’élevage, ce mercredi 30 mai à Paris. Selon le spécialiste, « 90 % de la marge liée au contingent sur les produits laitiers profitent aux importateurs canadiens, contre seulement 10 % pour les exportateurs européens ».

Licences d’importation

Cette distorsion serait l’effet de licences d’importation canadiennes, « détenues à 50 % par des fabricants de fromages, et 50 % par des distributeurs, détaille Gérard Calbrix. Les exportateurs européens se voient obligés de négocier avec les sociétés détentrices de ces licences, qu’elles monnaient au prix fort ».

L’économiste fustige les autorités canadiennes « d’avoir mis en place un système déséquilibré à leur profit. Des réunions ont eu lieu au printemps, car la Commission européenne est fermement décidée à corriger ce déséquilibre ».

« Peu d’opportunités en Océanie »

Alors que les ministres européens du Commerce viennent d’acter l’ouverture des négociations en vue des accords de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie, « l’ensemble des secteurs agricoles sont sur la défensive », estime Mélanie Richard, de l’Institut de l’élevage. En l’absence de droits de douane, l’économiste craint « le développement de flux réguliers de beurre, de poudre grasse, voire de fromages-ingrédients de la Nouvelle-Zélande vers l’Union européenne », ainsi que le « risque d’envois opportunistes en cas de hausse des prix en Europe ».

Du côté européen, les débouchés pour le secteur laitier seraient limités. « Le marché néo-zélandais est extrêmement étroit et déjà ouvert, analyse Mélanie Richard. Quelques opportunités existent sur le marché australien, qui accroît ses importations de fromages. Mais globalement, les opportunités sont sans commune mesure avec les risques, pour la filière laitière comme pour les autres filières ruminant ».

V.Gu.