« Quand on associe les noms Normandie et camembert, on crée les conditions pour un produit de haut de gamme et tirer la production laitière vers le haut », a déclaré ce 25 janvier 2019 après-midi Hervé Morin, président de la Région Normandie devant une assemblée de 180 personnes. À Vimoutiers (Orne), à quelques kilomètres du village Camembert, industriels laitiers, responsables syndicaux de la FRSEA et de la Confédération paysanne, organismes de conseils en élevage, race normande, Inao et bien sûr acteurs de l’AOP Camembert actuelle, tous ont répondu à l’invitation de la Région.

« La guerre est derrière nous »

« J’espère bien que la guerre entre les deux camemberts est derrière nous », martèle-t-il. Il fait allusion au conflit qui a opposé l’AOP camembert de Normandie au camembert sous mention « fabriqué en Normandie ». Un accord signé le 21 février 2018 entre les opérateurs des deux fromages a enterré la hache de guerre. Les travaux pour la révision du cahier des charges de l’AOP sont engagés. L’objectif est d’y intégrer au moins les deux tiers des 60 000 tonnes que représente aujourd’hui le « fabriqué en ».

Pour les producteurs qui souhaitent entrer dans la démarche, cela veut dire au moins 30 % de vaches normandes dans chaque troupeau et du pâturage. Pour les 600 producteurs déjà dans l’AOP, cela exige un étiquetage qui différencie clairement le camembert actuel au lait cru et l’arrivant pasteurisé, microfiltré ou thermisé.

Discussions en cours

Visiblement, les discussions pour une validation définitive fixée en 2021 avancent bon train, « dans un esprit constructif », se félicite Patrick Mercier, président de l’ODG Camembert de Normandie. « Il faut que ce calendrier soit respecté. Cela fait partie de la crédibilité de la démarche engagée, insiste Marie Guittard, directrice de l’Inao. La France, qui a créé les appellations d’origine et qui s’est battue à l’OMC pour protéger de l’usurpation le nom des AOP, ne peut pas laisser usurper le nom d’une AOP mondialement connue. »

Cette révision est un sacré challenge pour la Normandie. Elle concerne 1 500 à 2000 éleveurs laitiers, c’est-à-dire un quart des producteurs normands. De leur adhésion dépend la réussite de la nouvelle AOP, et de la filière laitière normande toute entière. La Région l’a bien compris. Elle vient d’octroyer une subvention de 380 000 € à l’ODG. Les producteurs souhaitant normandiser leur troupeau peuvent bénéficier d’une subvention de 460 € par vache, 100 € par génisse et 100 € par embryon.

Claire Hue – L’Éleveur laitier