« L’année 2019 démarre avec un contexte offre/demande plus équilibré qu’en 2017 et 2018 », explique Benoît Rouyer, directeur en charge de l’économie et du territoire au Cniel.

Des suites des conditions climatiques particulières de l’année 2018, la collecte européenne connaît, en décembre, son cinquième mois de repli consécutif par rapport à l’année précédente. Cette tendance est d’autant plus marquée en France avec des baisses chiffrées de 3 à 5 % chaque semaine depuis le mois d’août par rapport à la même période en 2017 (voir le graphique ci-après). « Le repli de la production devrait se poursuivre au moins jusqu’au printemps en raison du manque de stocks fourragers », ajoute Benoît Rouyer.

D’après les sondages hebdomadaires de collecte FranceAgriMer

Sur le marché des produits laitiers, la baisse de l’offre a permis de rééquilibrer la balance. Le cours du beurre se maintient à des valeurs assez élevées tandis que celui de la poudre de lait a repris des couleurs et se situe aujourd’hui à plus de 300 € au-dessus du prix d’intervention. Le prix standard du lait conventionnel en décembre est de 330 €/1 000 litres. Avec un prix à hauteur de 324 €/1 000 litres en moyenne sur l’année, le lait a été mieux payé de 2 € qu’en 2017.

L’ombre du Brexit

La conjoncture s’est largement améliorée ces derniers mois mais l’économiste préfère rester prudent sur les perspectives en 2019 car « les négociations en cours sur le Brexit vont fortement les influencer ». Antoine Auvray, chargé de mission en économie et spécialiste du Brexit, rencontré à l’occasion du Salon de l’agriculture explique cette inquiétude. Selon lui, deux options, avec leurs conséquences, sont à envisager pour le 29 mars.

Une sortie avec accord : « Cela nous laisserait une période de transition jusqu’au 31 décembre 2020 afin de négocier un accord commercial entre le Royaume-Uni (R-U) et l’Europe et de préparer les industriels, explique Antoine Auvray. Cependant, le Parlement britannique est partagé à ce sujet car, bien que leur balance commerciale agricole soit déficitaire et que ce soit dans leur intérêt, la clause du “Backstop” les bloque. En effet, en cas de non-accord au 31 décembre 2020, le R-U appartiendrait encore temporairement à l’union douanière et ne pourrait donc toujours pas négocier ses propres accords commerciaux. »

Une sortie sans accord : « Si un “no deal” devait arriver, le R-U deviendrait immédiatement un pays tiers pour l’Europe. Les exportations de produits agricoles en direction du R-U chuterait et le lait européen qui leur était destiné viendrait fortement peser sur le marché européen qui venait pourtant seulement de se rééquilibrer. Les Britanniques tardent à se décider car le cas particulier de la frontière entre l’Irlande du Nord et l’Irlande du Sud n’a toujours pas été résolu. »

Alors que l’hypothèse d’un nouveau référendum sur la sortie du Royaume-Uni semble peu probable, celle d’un report de la date butoir, avant la première réunion du nouveau Parlement européen en juillet, est tout à fait envisageable.

A. Courty