L’heure est au bilan. Publiée le 12 mai 2020, l’enquête menée par l’Association nationale des producteurs laitiers fermiers (ANPLF) auprès de 339 de ses adhérents révèle que 21 % des producteurs prévoyaient une baisse de leur chiffre d’affaires de 20 à 50 % sur le mois d’avril par rapport à avril 2019, et 23 % l’estiment au-delà de 50 %.

Recul du chiffre d’affaires

Seulement un tiers des interrogés sont parvenus à maintenir leur activité pendant le confinement. « Le revenu disponible restant pour l’exploitant représente une part faible du chiffre d’affaires. C’est pourquoi une baisse supérieure à 20 % est déjà problématique, privant les exploitants de revenus pour leurs familles », souligne l’ANPLF.

« Le fonds de solidarité nationale de 1 500 € » du gouvernement n’étant « prévu que pour les exploitations au-delà de 50 % de pertes », le syndicat demande également des « annulations de charges, et des prêts de trésorerie à taux 0 ou à très faible taux » pour les fermes enregistrant des baisses de chiffre d’affaires supérieures à 20 %. Pour les plus impactées d’entre elles, l’ANPLF propose « la création de comités locaux restreints […] afin d’étudier au cas par cas les dossiers des producteurs en grande difficulté. »

Des circuits de distribution bouleversés

Selon les résultats du sondage, les circuits de distribution les plus impactés par les mesures de confinement sont les marchés (pour plus de 80 % des producteurs concernés), la restauration commerciale et collective et les crémiers. La fermeture des rayons de la coupe a également pénalisé les débouchés en grandes surfaces. Inversement, les magasins de producteurs, les tournées à domicile et les Amap semblent avoir tiré profit de la situation.

« 72 producteurs citent les tournées à domicile comme étant en forte hausse, alors qu’ils n’étaient que 28 à la pratiquer avant la crise : cela illustre bien le développement spectaculaire de ce mode de commercialisation pendant la crise, note l’ANPLF. Cela n’a toutefois pas été sans conséquences en termes de temps et de rémunération du travail ! » Au total, ce sont près de 40 % des producteurs qui se sont essayés à un nouveau mode de commercialisation pendant la crise.

Concernant la vente directe à la ferme, les ressentis sont partagés. Les exploitations « éloignées des centres urbains, ou dont l’activité commerciale est liée à l’activité touristique, ont vu leurs ventes chuter. Pour les autres, on assiste à la même dynamique de retour vers le producteur. »

Pour composer avec ces bouleversements, 12 % des éleveurs enquêtés n’ont eu d’autres choix que de jeter du lait et 23 % ont choisi de freiner le potentiel de production de leurs vaches. Sur les évolutions « positives », la moitié des sondés déclarent avoir revu les volumes de certains produits.

« Par exemple, des producteurs ayant des gammes larges allant des produits frais aux fromages rapportent qu’ils ont augmenté leurs productions de yaourts et de beurre, car certains clients ont plébiscité les produits de consommation plus quotidienne », illustre l’association de producteurs.

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A. Courty