Alors que Lactalis rappelle ses poudres infantiles contaminées par une salmonelle, Foodwatch, une organisation non gouvernementale de défense des consommateurs, pointe du doigt les méthodes de E. Leclerc dans le rappel des lots. En effet, tous n’auraient pas été retirés, faisant suite à une défaillance. « Où sont les lots ? Ont-ils été détruits ? L’État s’est-il assuré du suivi des lots potentiellement contaminés par la salmonelle ? Quelles preuves les autorités peuvent-elles fournir aux nombreux parents inquiets ? » Autant de questions posées par Foodwatch dans un communiqué du 9 janvier 2018, qui appelle le distributeur à communiquer « sans tarder et en toute transparence » la liste des points de vente.

« 900 produits ont quand même fini dans des caddies »

Le même jour, sur son blog, Michel-Edouard Leclerc ne nie pas les défaillances sur les opérations de retrait effectuées par certains magasins. Il fait le point : « Quelques références ont d’abord été retirées des ventes, puis la liste s’est allongée au fur et à mesure entre le 2 et le 21 décembre, rappelle-t-il.

Finalement le 21, le principe de précaution maximal était mis en œuvre par Lactalis qui décidait du rappel de l’ensemble des produits aux marques Picot et Milumel. » Néanmoins, le patron du groupe admet qu’il « apparaît bien qu’il y a eu des trous dans la raquette puisque près de 900 produits ont quand même fini dans des caddies », mais rassure : chaque client est en train d’être contacté.

Le dysfonctionnement serait le résultat de la superposition de deux systèmes d’information. « L’un imposant sur un court délai trois appels à retrait de produits sur des lots différents (les 2, 10 et 21 décembre 2017), l’autre, en parallèle, annulant la vente des mêmes produits prévus sur un catalogue commercial (bouclé il y a trois mois) mais dont les stocks seraient arrivés en magasin avec un étiquetage différent », explique Michel-Edouard Leclerc, avant d’assurer qu’une enquête et un audit des procédures ont été demandés, ainsi que la mise en place de mesures correctives.

Le mea culpa ne suffit pas

Pour Foodwatch, « le mea culpa de Leclerc est totalement insuffisant. Le groupe doit communiquer sans tarder et en toute transparence la liste des points de vente concernés. Leclerc justifie cette défaillance par une confusion liée aux trois rappels de décembre dernier. L’organisation en profite pour rebondir sur d’autres scandales sanitaires, comme le horsegate et le fipronil, estimant que la grande distribution s’en sort à chaque fois « dans l’impunité totale ».

Elle affirme qu’en septembre, Michel-Edouard Leclerc assurait « ne pas être sûr » de vendre des œufs ou des produits contaminés au fipronil. « La réglementation est très claire, souligne Ingrid Kragl, directrice de l’information de Foodwatch. Les distributeurs sont responsables des produits qu’ils commercialisent. Ils ne peuvent exposer les consommateurs au moindre risque pour la santé. »

Hélène ChaligneJournaliste web