Ça ne fait aucun doute pour Emmanuel Besnier : les agriculteurs se trompent de cible. Dans une interview accordée à nos confrères du Point, le président de Lactalis, interrogé sur ses tensions avec la profession, se défend en effet d’acheter moins cher que les autres. Il pointe en revanche les coopératives : « On paie le lait plus cher que beaucoup de coopératives. Après, je comprends que c’est compliqué pour les producteurs de mettre en cause des entreprises dont ils sont actionnaires… », commence-t-il.

Puis de reprendre : « Il y a des moments où l’on n’est pas d’accord et on le dit, c’est tout. Mais dans la fixation du prix du lait, on est souvent moins brutaux que les coopératives qui paient moins cher le lait que le privé. Mais c’est vrai que le syndicalisme a dans ses rangs des membres issus de ses coopératives. Du coup, c’est plus difficile à critiquer et Lactalis prend pour toute la profession. Bon, après, on est le leader, c’est normal, c’est le jeu… »

Les consommateurs en faute

Les autres responsables dans la guerre des prix, estime Emmanuel Besnier, sont les consommateurs. « Un producteur de lait est calé sur les cours de matières premières, avec des bonnes et des mauvaises années. C’est vrai que ces métiers ne sont pas assez valorisés. Chez Lactalis, on a poussé, par exemple, la production bio qui permet aux agriculteurs de mieux gagner leur vie. Mais il faut aussi que les consommateurs acceptent de payer un plus cher les aliments. »

Le président de Lactalis fait même montre de générosité à l’égard des agriculteurs, estime-t-il encore : « On passe souvent pour les grands méchants financiers. Mais si Lactalis était uniquement intéressé par sa rentabilité, on arrêterait de collecter autant de lait. On parle toujours du prix mais jamais des volumes. Même pendant la crise, alors qu’on ne savait pas quoi faire de ce lait, on a toujours gardé les mêmes tournées, on n’a jamais refusé le lait des éleveurs avec qui l’on travaille. Avec les excédents de lait, on fabrique des produits industriels comme du “beurre de poudre” qui ne se valorise pas très bien. »

La concurrence internationale, facteur limitant

Quant à augmenter le prix du lait, il se dit d’accord, mais pour aussitôt souligner que dans ce cas « la moitié des producteurs ne seront plus compétitifs face aux Allemands ou aux Danois. On ne pourra plus vendre notre lait à l’exportation, et il faut savoir que la moitié du lait français est exporté ».

Emmanuel Besnier précise enfin que sa fortune est « totalement virtuelle, il faut que les gens le comprennent. Je n’ai pas de milliards sur mon compte en banque ! Notre entreprise est valorisée des milliards, mais comme on ne la vendra jamais ».

Rosanne Aries