Il aura fallu une année entière et dix mois supplémentaires pour que Fabien Le Coidic puisse envisager sereinement d’installer son projet agricole sur ses terres à Adainville, dans les Yvelines. Ce vendredi 7 janvier 2022, le tribunal administratif de Versailles a une nouvelle fois donné raison à l’éleveur bio et rejeté le recours formulé par les cinq opposants qui s’attaquaient à la légitimité du permis de construire.

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« Cette décision va servir à tous les agriculteurs de France »

« Il y a de quoi se réjouir ! C’est une grande victoire, se félicite Timothée Dufour, l’avocat de Fabien Le Coidic. Cette décision dépasse le local, elle a une portée nationale. C’est un message rassurant envoyé à tous les acteurs du monde agricole. »

Car depuis mars 2020, l’éleveur de vaches bretonnes pie noir, attributaire de 43 hectares de terres par la Safer à Adainville, fait face à la « guérilla judiciaire » de cinq riverains opposés à son projet d’installation. Parmi les requérants, l’éditrice Odile Jacob, représentée par l’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage.

Après deux victoires en référé devant le tribunal administratif de Versailles, puis devant le Conseil d’État, c’est aujourd’hui sur le fond que Fabien Le Coidic remporte sa troisième victoire. La justice a rejeté le recours des opposants pour « défaut d’interagir » et valide ainsi la légitimité du permis de construire de l’éleveur. « C’est une claque, poursuit l’avocat, car le tribunal dit ‘’Vous n’avez aucune légitimité pour attaquer le projet agricole’’. »

« Cette décision va servir à tous les agriculteurs de France, confirme l’éleveur, enfin soulagé. Mais ça ne pouvait pas être autrement, car c’était un problème national. Si j’avais perdu ce procès, cela aurait signifié que plus aucun agriculteur n’aurait pu construire à moins de 500 mètres d’une habitation. »

Fabien Le Coidic lance « un signal d’apaisement »

« Fabien s’installera à Adainville, assure son avocat. Il n’a plus aucune raison de s’inquiéter car la légalité de son projet est reconnue. Je veux croire que les ardeurs procédurales d’Odile Jacob vont se calmer et je lance un appel à ma consœur de raisonner sa cliente. Je l’invite à faire un exercice de pédagogie. »

Même soulagement du côté de Fabien Le Coidic : « On ne peut pas embêter les gens comme ça. Lors de la dernière audience [le 14 décembre 2021], ils n’avaient rien à dire ou leurs arguments étaient complètement faux. J’espère vraiment qu’ils vont se calmer, mais je ne sais pas quelle stratégie ils peuvent mettre en place pour la suite. »

Contactée par La France Agricole, Corinne Lepage a indiqué ne pas vouloir réagir. Mais lors des dernières audiences, les opposants affirmaient être susceptibles d’aller devant la Cour européenne des droits de l’Homme et d’interjeter appel sur le fond devant la cour administrative d’appel de Versailles.

Pour l’heure, en plus de rejeter leur recours sur le fond, la justice condamne Odile Jacob et son époux Bernard Gotlieb à verser 1 500 euros à la commune d’Adainville et 1 500 euros à l’exploitation de l’éleveur et de son épouse.

« Maintenant, il va falloir relancer la machine, s’enquit Fabien Le Coidic. Mais on ne va pas pouvoir poursuivre le projet initial. J’ai perdu de la clientèle, deux ans et de l’argent. La perte financière et le préjudice moral sont importants. Mais je veux surtout que ça s’apaise avec les voisins. Je veux vraiment arriver avec un signal d’apaisement. »

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Oriane Dieulot