Que pensez-vous de la signature des accords avec le Mercosur ?

La Commission profite de la carence du Parlement européen pour faire approuver un accord qui, sur le plan sanitaire, n’apportera aucune garantie au consommateur. Concernant la capacité des élevages brésiliens à respecter nos standards, j’ai été plutôt surpris, lors de mon voyage des compétences techniques des éleveurs bovins. Il y a des contrôles sérieux des produits, mais il y a une rupture dans la traçabilité.

Qu’avez-vous constaté concernant la chaîne de traçabilité lors de votre visite sur place ?

Comme tous les voyages officiels, ils sont très préparés et le discours formaté. Dans la région du Mato Grosso, la traçabilité n’est pas gérée à l’animal, mais par lot de 100 animaux d’un même élevage. L’abattoir que nous avons visité dans cette région passe 1 400 bovins par jour, soit 14 lots. J’ai eu l’occasion d’interroger directement des employés de l’établissement. J’ai géré un abattoir dans le début de ma carrière, je sais comment cela fonctionne. Ils m’ont expliqué que les bouchers forment des lots de carcasses homogènes et qu’il n’y a pas de traçabilité entre les lots d’animaux entrants et les lots de carcasses. S’il y a un problème sur un morceau de viande, ils ne sont pas capables d’identifier l’élevage d’origine.

La secrétaire d’État à l’Économie, Mme Agnès Pannier-Runacher, propose de renforcer les contrôles sur place. Qu’en pensez-vous ?

Des contrôles sont déjà réalisés par des vétérinaires européens de manière régulière. On ne peut pas garantir que les pratiques observées lors de ces contrôles, qui sont programmés à l’avance, sont celles qui s’appliquent toute l’année dans les filières. Et je ne crois pas qu’on puisse organiser des contrôles inopinés. Les autorités seront forcément informées des demandes de visa des vétérinaires envoyés sur place.

Quelles sont les chances que l’accord soit adopté par les députés du Parlement européen ?

Je pense que le changement des équilibres au sein du Parlement rendra son adoption très compliquée.