La France Agricole : Comment l’intérêt du consommateur pour le bien-être animal se ressent-il dans les rayons des distributeurs ?

Hugues Beyler : L’aspect nutritionnel n’est plus la seule priorité du consommateur. Il y a une prise de conscience de la vie de l’animal avant l’abattage, mise en exergue à chaque fois qu’un mode de production est pointé du doigt. Producteurs, transformateurs et distributeurs ne peuvent ignorer les problématiques de douleur, de densité, d’abattage… Ces sujets intègrent les discussions entre les maillons, et ça n’est pas nouveau. Nous sommes présents dans les principales interprofessions, où le débat sur le bien-être animal est initié depuis longtemps.

Les distributeurs ont-ils une responsabilité vis-à-vis des modes d’élevage des animaux ?

La première de nos responsabilités, c’est celle du consommateur. Ce qui ne nous empêche pas de débattre du bien-être animal au sein des interprofessions, et de notre groupe de travail en charge des enjeux sociétaux. L’importance du sujet s’est particulièrement bien exprimée dans le cadre des États-généraux de l’alimentation et des plans de filière, où le bien-être animal a été pris en compte dans toute sa dimension, du court au long terme. C’est d’autant plus important qu’il y a un décalage entre ce que demande le consommateur à l’instant T, et les moyens d’y répondre sur le marché.

Les demandes des associations (étiquetage du mode d’élevage, interdiction des œufs en cage…) sont-elles réalistes ?

Ce qui est important dans les débats que nous avons avec les associations welfaristes, c’est, encore une fois, la notion de temps. Ce que nous voulons leur faire entendre, c’est que nous avons bien en tête leurs demandes, mais qu’il faut les objectiver. Ce qui est vrai aujourd’hui va évoluer, il faut donc rester en veille, anticiper sans suranticiper la demande du consommateur. Ils sont de vrais interlocuteurs pour les filières animales. Avec l’interprofession bovine, par exemple, les débats sont amorcés depuis plus de trois ans.

Comment rassurer le consommateur ?

Chaque démarche justifie la crédibilité des réponses que nous apportons au consommateur. Mais le plus important pour le satisfaire, c’est de sortir du seul niveau d’autocontrôle. C’est le cas pour le foie gras, avec une certification extérieure. Dans les abattoirs, il y a un gros travail en cours avec le guide de bonnes pratiques et la mise en place de grilles pour vérifier sa bonne application. La distribution n’hésitera pas à demander que les contrôles se fassent par partie tierce, car c’est le seul moyen d’apporter au consommateur des réponses valables.