Le 13 août 2020, à Crouttes, dans l’Orne, un câble électrique arraché de son poteau privait une quinzaine de foyers de lignes téléphoniques et d’internet. Le problème n’a été résolu que trois semaines plus tard, et le portable n’a pu remplacer les lignes fixes, la région se situant en zone blanche.

Des vaches bloquées devant un robot de traite

L’incident qui s’est déroulé à la frontière entre le Calvados et l’Orne n’a donc pas été sans conséquences pour les habitants des communes de Crouttes et de Saint-Germain-de-Montgommery. Pour ces derniers, cet isolement a été handicapant. En dépit des signalements des personnes concernées, les services de dépannage ne se sont déplacés que le 3 septembre.

Laurence et Hervé Gaubert, éleveurs laitiers à Saint-Germain-de-Montgommery, ont fait les frais de cet incident. « Notre robot de traite, muni d’un système d’alarme, est tombé en panne durant cette période et n’a par conséquent pas pu lancer l’alerte par téléphone. C’est le lendemain matin que nous avons découvert une trentaine de vaches coincées depuis environ cinq heures dans l’aire de prétraite », expliquent-ils.

Plusieurs entreprises handicapées par la coupure

À en croire Nathalie Olivier, conseillère municipale et propriétaire d’une cidrerie à Crouttes, ce n’est pas la première fois que ce type de problème survient, et les habitants sont mécontents. Le service de dépannage a tardé à agir, ce qui a pénalisé et isolé à la fois les foyers, mais aussi les quelques entreprises de la zone.

« Il nous a fallu environ 2 à 3 jours pour arranger les choses après la panne du robot, explique Hervé Gaubert. Il faut surveiller que les vaches aillent bien se faire traire, puisqu’elles évitent l’endroit après leur mésaventure. Et il a aussi fallu veiller au bon fonctionnement du robot, comme l’alarme ne fonctionnait pas. » Cette panne se traduit donc par du travail supplémentaire, et par une petite baisse de production momentanée.

Pour Hervé Gaubert, également propriétaire d’une entreprise de travaux agricoles, cette coupure a aussi un impact sur sa relation avec ses clients : « Ils ne peuvent plus appeler sur le fixe, donc je suis contraint de passer par le portable. Comme je ne capte pas partout, je perds du temps à chercher du réseau, témoigne-t-il. Et c’est la même chose pour les entreprises voisines. »

Les zones blanches ne stoppent pas la digitalisation

Derrière cet incident, la problématique de l’isolement des « zones blanches » ressurgit. « La connexion à l’internet, lorsqu’elle n’est pas coupée, est loin d’être rapide », déplore Hervé Gaubert. Le chargement d’une photo peut facilement atteindre 1h30, de quoi en énerver plus d’un.

« On a une assistance internet sur notre robot de traite, explique l’éleveur. En cas de problème mineur, un technicien peut se connecter à l’appareil à distance pour le régler. Mais si la ligne est coupée, et qu’on ne capte pas internet sur le téléphone, on est contraint de faire venir un technicien à nos frais, poursuit-il. Ce n’est pas compatible avec un dépannage rapide. »

Pour réussir à avoir un peu de connexion sur l’ordinateur, il faut se connecter très tôt le matin, conseille Hervé Gaubert. « Si vous y allez le soir, c’est peine perdue. »

« On paye cher, et on n’a pas de service »

Hervé Gaubert estime que le manque de rapidité de la part de l’opérateur résulte d’un manque de volonté. Visiblement, même l’abonnement « pro » à 80 euros par mois ne suffit pas à faire intervenir les services de dépannage rapidement, déplore-t-il. « On paye cher, et on n’a pas de service. C’est ça qui est le plus frustrant, et je ne pense que ça s’améliorera tout de suite. »

Raphaëlle Borget