L’incendie du 14 février 2020 à la fromagerie vendéenne de Luçon avait fait bien des dégâts : la moitié du site a été détruite, contraignant à stopper l’intégralité de son activité. Cette dernière doit reprendre partiellement en septembre, en attendant la reconstruction de l’usine prévue pour 2022, a annoncé Agrial dans un communiqué diffusé le 26 mai 2020. La coopérative y présente ses projets de spécialisation et de développement de la fabrication de mozzarella (fromage à pizza) sur ce site.

L’emploi local préservé

Ce projet, engagé par le Conseil d’administration de la coopérative, est porteur « d’avenir pour l’élevage laitier, l’emploi local et le développement économique ». Aucun des 130 salariés en CDI (contrat à durée indéterminée) de la fromagerie n’a été licencié.

« Ce projet vise à assurer la pérennité d’un débouché pour les exploitations laitières locales et renforce l’ancrage d’Agrial sur notre territoire, insiste Benoît Drouin, le président du conseil de surveillance d’Eurial, la branche laitière d’Agrial. […] Cette reconstruction est un signal fort et illustre pleinement nos valeurs coopératives. »

Incendie et crise du Covid-19

La réaction a du être rapide: dès le lendemain de l'incendie, la coopérative a trouvé des solutions de secours pour redistribuer le lait à l’origine destiné à la fromagerie de Luçon. La première option était la répartition dans d’autres usines laitières du groupe, idéalement vers les sites géographiquement proches. Une partie du lait a été écoulée sur le marché spot.

Un petit mois après, la forte perturbation du secteur de la RHF (restauration hors domicile) due à la crise du Covid-19 n’a pas facilité la gestion des conséquences de l’incendie. Pour répondre aux difficultés du secteur laitier face à la perturbation des débouchés habituels, le Cniel (centre national interprofessionnel de l’economie laitière) a appelé les éleveurs à réduire leur production de lait. L’objectif : lisser le pic de collecte printanier pour éviter un effondrement des prix.

C’est dans ce cadre que plus d’un adhérent sur deux a réduit sa production. Mais comme l’explique la directrice de la communication d’Agrial,Sarah Deysine à La France Agricole, ces deux évènements sont distincts. La diminution de la production s’est effectuée sur la base du volontariat et uniquement en réponse à la crise du coronavirus.

La collecte du lait assurée

Si certains éleveurs ont réduit leur production avec le dispositif du Cniel, la collecte de lait a été totalement assurée après l’incendie, et le restera jusqu’au redémarrage de l’activité de la fromagerie, insiste Sarah Deysine.

Le lait est redirigé vers les autres usines du groupe en fonction des besoins, parfois aussi en fonction de leur équipements. Une petite quantité de lait a du être séchée, et de la mozzarella congélée, mais ces solutions de secours sont liées aux manques de débouchés en RHF et à l’exportation à cause de la crise du Covid-19 et non de l’incendie.

L’activité, totalement à l’arrêt depuis l’incident, doit reprendre partiellement en septembre avec une trentaine de salariés. Ils interviendront en soutien à l’usine d’Herbignac (Loire-Atlantique), autre site du groupe, sur le râpage de mozzarella.

Plus de mozzarella en perspective

La coopérative a réussi à trouver rapidement un scénario de reconstruction pour la fromagerie. Pour Agrial, c’est l’occasion de développer et de spécialiser l’activité du site sur la production de mozzarella. Comme l’explique Sarah Deysine, ces changements n’étaient pas prémédités et sont nés de la réflexion post-incendie.

L’usine de Luçon travaillera en complémentarité avec celle d’Herbignac. Pas moins de 8 000 tonnes de mozzarella supplémentaires sont prévues. Les capacités de production passeront de 16 000 à 24 000 tonnes par an. L’investissement devrait atteindre une quarantaine de millions d’euros et sera en partie financé par les assurances.

Les équipes commerciales sont déjà bien structurées et connaissent le marché de la mozzarella, notamment grâce à l’usine d’Herbignac. Ils ont donc, selon la coopérative, la capacité à trouver des débouchés en France et à l’international pour écouler les futures productions.

« Cette reconstruction s’inscrit pleinement dans notre stratégie de développement de fromages-ingrédients à valeur ajoutée, ajoute Gilles Rabouille, le directeur général d’Eurial, le précise : « Il témoigne de notre ambition de valoriser le lait des agriculteurs de la coopérative notamment à travers la fabrication de mozzarella (fromage à pizza), l’une de nos spécialités, à destination des marchés français et mondiaux. »

R. B.