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Une pousse à la peine

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Justine Fournier et Walter Chassein, éleveurs à Saint-Beauzire, en Haute-Loire. © Monique Roque Marmeys

Faibles précipitations et gelées tardives ont mis à mal la productivité des prairies. Les éleveurs sont contraints de puiser dans leurs stocks de fourrages, déjà fragilisés par l’été 2018 exceptionnellement chaud et sec.

« Nous ne sommes toujours pas sortis de la sécheresse de l’an passé », s’alarme Charles Duvignaud, conseiller en fourrages à la chambre d’agriculture de la Nièvre. Pourtant, les mises à l’herbe précoces en sortie d’hiver, permises par une bonne portance des sols laissaient entrevoir l’espoir d’économiser des stocks de fourrages. C’était sans compter sur un début d’année exceptionnellement sec. « En mars, les précipitations ont été déficitaires pour le troisième mois consécutif, indique le ministère de l’Agriculture, dans une note publiée le 10 avril. Ce déficit atteint 33 % en moyenne (1). »

« Quatre saisons sans eau »

De quoi enfoncer le clou dans les régions les plus sévèrement touchées par la sécheresse en 2018. En Saône-et-Loire, « nous accusons quatre saisons sans eau, déplore Hervé Lecâtre, de la chambre d’agriculture. Actuellement, la pluviométrie est insuffisante pour stimuler la productivité des prairies, et nous avons subi des gelées tardives, autour du 15 avril. La pousse de l’herbe est médiocre, inférieure à 40 kg de matière sèche (MS) par hectare et par jour ».

Dans la Nièvre, « faute de repousse, les vaches sorties à l’herbe autour du 20 mars n’ont plus rien à manger, rapporte Charles Duvignaud. Les éleveurs craignent de devoir affourrager au pré ».

Comme la plupart de ses départements voisins, la Haute-Savoie manque aussi d’eau. À Annecy, 208 mm sont tombés entre janvier et la fin de mars 2019, contre 460 mm en 2018, et 237 mm en année normale. « En altitude, malgré la fonte des neiges, les sols sont secs, note un technicien. La pousse de l’herbe est particulièrement ralentie. »

Dans le bassin allaitant la situation n’est guère plus rassurante. Dans le Puy-de-Dôme, la chambre d’agriculture fait état d’une pousse de l’herbe réduite à 10 kg de MS/ha/jour, contre 50 kg normalement enregistrés à cette époque en plaine. En semi-montagne, la production des prairies n’affiche que de 20 kg/ha/jour, au lieu de 50 à 60 kg en temps normal. Dans ce contexte, les mises à l’herbe sont difficiles. Si l’état des stocks ne permet pas d’affourrager au pré, les surfaces de pâturage sont agrandies au détriment des surfaces de fauche.

Dans l’est du pays, les stocks sont au plus bas. « Il n’y a plus de foin, ni d’ensilage d’herbe, confirme Jean-Marc Zsitko, conseiller d’entreprise à la chambre d’agriculture de la Meurthe-et-Moselle. Certains éleveurs se sont tournés vers les coproduits comme les pulpes de betterave. Pour complémenter les vaches laitières, il faut puiser dans les stocks d’ensilage de maïs. »

Mieux à l’ouest

Habituellement plus « arrosées », les régions du Nord-Ouest s’en sortent avec un moindre mal.

En Normandie, « l’ensoleillement n’a pas compensé le vent d’est, et le manque d’eau commence aussi à se faire sentir », rapporte l’observatoire régional de la pousse de l’herbe (ORPH), en semaine 16. « Dans les systèmes très herbagers, les animaux sont sortis souvent très tôt, constate Thierry Jeulin, référent de l’ORPH à la chambre d’agriculture de l’Orne. Le premier tour de pâture a assez bien fonctionné mais nous entamons par endroits un deuxième tour avec de faibles hauteurs d’herbe. »

En Bretagne, la saison de pâturage a débuté dès février. « Il y a eu quelques grosses précipitations en mars et un arrosage léger en avril. Même si la pousse a été moyenne, les conditions de pâturage ont été bonnes », confirme Romain Rétif, de la chambre d’agriculture. Les éleveurs sont en revanche déçus des rendements de leurs dérobées (ray-grass d’Italie et trèfle essentiellement), pénalisés par des températures fraîches.

Reconstituer les stocks

Malgré ce contexte climatique printanier atypique, l’enjeu est d’assurer l’affourragement des cheptels et de reconstituer des stocks. Une opération d’autant plus délicate que « faute de précipitations, les apports d’azote n’ont pas toujours été bien valorisés », constate Charles Duvignaud dans la Nièvre.

Dans l’Allier, les techniciens conseillent de faucher les ray-grass ayant atteint 15 cm avant la fin d’avril, pour favoriser une seconde coupe de qualité. Fertiliser après une première exploitation peut aussi s’avérer opportun si les conditions le permettent. Par ailleurs, implanter davantage de maïs est aussi une solution à considérer. « Néanmoins, certains éleveurs seront contraints par des surfaces déjà occupées par des cultures d’automne », relève Jean-Marc Zsitko.

Avec la hausse des températures à la fin d’avril, la pousse de l’herbe pourrait s’intensifier dans les prochaines semaines. « Il convient de charger suffisamment les parcelles pour valoriser au mieux le pâturage et éviter les refus », estime Arnaud Jouard, animateur du groupe en charge de l’herbe à la chambre d’agriculture de la Meurthe-et-Moselle. Toutefois, « les réserves d’eau en surface pourraient fortement diminuer, tempère Arnaud Guilbert, éleveur laitier dans le Calvados. Ce qui nous manque maintenant, c’est la pluie ».

La Rédaction

(1) Par rapport aux normales saisonnières établies sur la période allant de 1981 à 2010.

« Affourrager au pré en avril nous inquiète »

« Au 22 avril, nous enregistrons un déficit d’herbe de 50 à 75 % par rapport à une année normale. Depuis la mise à l’herbe le 1er avril, nous rationnons nos 60 prim’holsteins et leur distribuons de l’ensilage de maïs. Les génisses laitières et nos 15 mères limousines sont sur des parcelles normalement destinées à être fauchées. Elles disposent d’un râtelier avec de la paille d’orge distribuée depuis février pour économiser du foin. Nous n’avons pas cessé d’affourrager depuis le 14 juillet 2018. Après un été et un automne très secs, un hiver peu enneigé, ce printemps affiche un fort déficit en pluie (moins de 20 mm en deux mois) et des gelées en avril. Il nous reste très peu de stocks de maïs et de foin. La ration des laitières n’a pas été modifiée mais la production a un peu diminué, à cause de la moindre qualité des fourrages. L’an passé, nous avions ensilé 10 ha supplémentaires en seconde coupe pour augmenter les stocks et implanté 10 ha en dérobées après les céréales. Cette année, nous en ferons 12 ha. Les surfaces en maïs vont aussi passer de 15 à 20 ha, à condition que nous puissions le semer. Pour l’heure, nos sols granitiques sont trop secs. Nous espérons la pluie normalement prévue dans les prochains jours. Quoi qu’il en soit, il manquera au moins 40 % de rendement sur les premières coupes en ensilages et en foins. »

L’expert
« Les prairies habituellement humides s’en sortent mieux » Charles Duvignaud, conseiller en fourrages à la chambre d’agriculture de la Nièvre

« Cette année, la pousse de l’herbe n’a pas démarré. Malgré une pluviométrie parfois hétérogène selon les secteurs, les réserves hydriques ne se sont pas reconstituées et la végétation est à la peine. Les prairies habituellement humides au printemps s’en sortent mieux, avec une production d’environ 70 kg de matière sèche par hectare et par jour, ce qui reste correct, sans être exceptionnel. Si certaines prairies sont parvenues à reverdir, les parcelles les plus touchées par la sécheresse de l’an passé se vident de leurs bonnes graminées, au profit des pissenlits et des potentilles. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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