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Un nouveau séisme pour les élevages français de volailles

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Influenza  aviaire - Un nouveau séisme pour les élevages français de volailles
NurPhoto via AFP

Trois ans après le précédent épisode d’influenza aviaire hautement pathogène, le virus H5N8 est de retour dans l’Hexagone. Il s’avère particulièrement contagieux et pathogène, notamment vis-à-vis des palmipèdes. Pour les professionnels de la filière, l’enjeu est d’endiguer au plus vite la propagation de la maladie.

«Il va se passer en un mois ce qui s’est passé en trois mois en 2017. Ce virus est d’une fulgurance inédite qui nous dépasse », soupire François Lesparre, éleveur de volailles et président de la FDSEA des Landes. La variante du virus H5N8 de l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP), qui circule en Europe depuis novembre 2020, est « extrêmement contagieuse et pathogène, en particulier pour les canards », confirme Jean-Luc Guérin, professeur en aviculture et pathologies aviaires à l’école nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT).

> À lire aussi : « Il faut diminuer les densités » d’élevages de canards, selon l’Anses (21/01/2021)

À l’échelle du Vieux Continent, l’Allemagne recense le plus grand nombre de foyers dans le compartiment sauvage. La plateforme d’épidémiosurveillance santé animale en recensait 472 le 12 janvier 2021. « Le niveau de contamination semble très élevé, avec notamment plusieurs milliers d’oiseaux trouvés morts au bord de la Baltique ou dans d’autres zones d’Europe du Nord pour lesquelles toute la façade atlantique est concernée », appuie le professeur de l’ENVT.

Une « somme d’éléments défavorables­ »

Si la France ne compte que neuf foyers au sein de la faune sauvage, elle paie le plus lourd tribut s’agissant des contaminations en élevage. Le 18 janvier, le ministère de l’Agriculture faisait état de 303 foyers, dont 291 dans les départements du sud-ouest : 243 foyers dans les Landes, 23 dans les Pyrénées-Atlantiques, 22 dans le Gers et 3 dans les Hautes-Pyrénées.

« Nous avons fait face à une somme d’éléments défavorables, explique Marie-Pierre Pé, directrice du Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (Cifog). La pluviométrie importante en décembre puis en janvier a favorisé la dissémination du virus dans l’environnement, notamment dans les flaques d’eau. À cela s’ajoute une forte proximité entre les élevages de palmipèdes, par exemple en Chalosse (Landes), dont certains ont bénéficié d’une dérogation­ à la claustration. Or, avec ce virus, la moindre faille de biosécurité se paie cher. »

Dès lors, l’urgence est de juguler la progression de l’épizootie de grippe aviaire sur le territoire. À défaut d’une stratégie vaccinale (voir encadré ci-dessous), les abattages préventifs ont été privilégiés, à l’instar des précédents épisodes d’IAHP en France. Depuis le 12 janvier, ils doivent être pratiqués dans un rayon de cinq kilomètres autour des foyers de contamination.

Les abattages préventifs « concernent dans le premier kilomètre tous les oiseaux d’élevage et de basse-cour et, pour les quatre kilomètres suivants, l’ensemble des palmipèdes et les autres volailles quand elles ne sont pas claustrées », précise le ministère de l’Agriculture. Pour Sylvie Colas, porte-parole de la Confédération paysanne du Gers, « il faut garder les animaux sains en production le plus longtemps possible. Un vide sanitaire plus long sera moins coûteux qu’un abattage préventif », assure-t-elle.

Plus d’un million de volailles abattues

Pour Jean-Luc Guérin, « il faut assumer l’abattage d’animaux non infectés. L’expérience montre que des élevages à proximité de foyers sont condamnés à être eux-mêmes contaminés s’ils ne sont pas dépeuplés rapidement. » Le spécialiste plaide pour une méthode « centripète, qui consiste à commencer le dépeuplement en périphérie et revenir vers les foyers. L’objectif est de créer une zone vide pour stopper la propagation du virus à partir des foyers. »

Mais sur le terrain, les bras manquent face à la rapidité de propagation de l’IAHP. « Les vétérinaires sont épuisés, relate Marie-Pierre Pé. Le dépeuplement d’un élevage requiert trois intervenants afin de réaliser l’euthanasie, l’équarissage, puis le nettoyage et la désinfection des bâtiments. Il faut une journée pour traiter un foyer de contamination. »

Afin de mettre en œuvre cette stratégie, cinq abattoirs ont été réquisitionnés dans les Landes, les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées et le Gers. Au 14 janvier, 1,116 millions de volailles ont été abattues, essentiellement des canards. « Il est trop tôt pour évaluer l’impact de cette crise sur la production française de foie gras », indique la directrice du Cifog. Mais Sylvie Colas en est certaine : « Pour les éleveurs, le choc sera plus violent qu’en 2017. Depuis la précédente crise, d’importants investissements ont été réalisés, des bâtiments ont été construits. Ce sont autant d’emprunts qu’il faut rembourser. »

« Sécuriser les filières de plein-air »

Sur le volet commercial, des difficultés sont également à prévoir. Depuis l’apparition du virus H5N8 dans l’Hexagone, « la Chine, la Corée du Sud, Hong Kong, le Japon et Taïwan ont fermé leurs frontières aux volailles françaises », rapporte François Cadudal, directeur du pôle économie de l’Institut technique de l’aviculture (Itavi). De janvier à novembre 2020, la France a exporté vers ces destinations 242 millions d’euros de viandes et abats, 75 millions d’euros de génétique aviaire (œufs à couver, poussins d’un jour) et 24 millions d’euros de foie gras.

> À lire aussi : La Chine ferme ses portes à la volaille française à cause de la grippe aviaire (06/01/2021)

Malgré les vents contraires, les regards se tournent déjà vers l’avenir. « Au-delà de la vaccination devront se poser les questions de la densité des élevages sur le territoire et de la capacité à mettre à l’abri les animaux. Il faut sécuriser nos filières de palmipèdes et de volailles, qui font leur identité sur des systèmes de plein-air. Les investissements concernant la biosécurité n’ont pas été réalisés en vain », insiste François Lesparre. Toutefois, l’heure n’est pas au repeuplement des élevages. « La situation semblerait se calmer ces derniers jours, mais elle n’est en rien stabilisée », prévient Marie-Pierre Pé.

Vincent Guyot

Vers une vaccination en amont de la période à risque ?

« Une campagne vaccinale pour lutter contre l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) ne peut pas être mise en place dans l’urgence, estime Jean-Luc Guérin, professeur en aviculture et pathologies aviaires à l’école nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT). L’idée est d’être en anticipation, en positionnant la vaccination en amont de la période à risque pour que les animaux soient immunisés le moment venu. » Pour le spécialiste, certaines conditions sont indispensables à la réussite d’une telle stratégie. « Elle doit être associée à des mesures de biosécurité bien appliquées. Par ailleurs, les animaux vaccinés doivent impérativement être testés afin de vérifier qu’ils ne soient pas infectés sous couvert de vaccination. Le risque serait de subir une circulation silencieuse du virus pendant des années. » Pour l’épisode d’IAHP en cours, « il est trop tard pour vacciner, d’autant plus qu’aucun vaccin efficace n’est industrialisé à ce jour, tranche-t-il. Des candidats contre le virus H5N8 ont été testés et donnent des résultats satisfaisants. Mais ce ne sont à ce stade que des vaccins expérimentaux. » Le professeur de l’ENVT estime toutefois qu’ « il n’y a pas de tabou » et que « cette piste pourra être instruite pour l’avenir. »

Des indemnisations en plusieurs étapes

C’était une promesse du ministre de l’Agriculture : l’indemnisation des élevages ayant fait l’objet d’un abattage préventif a débuté. « Un acompte de 75 % de la valeur marchande des animaux est versé en fonction de barèmes définis avec l’Itavi », précise le ministère. Pour en bénéficier, chaque éleveur concerné doit envoyer un dossier à la DRAAF de sa région.

La prise en charge du déficit de production, lié notamment à l’allongement du vide sanitaire, doit de son côté faire l’objet d’une notification de l’État auprès de la Commission européenne. « Le dispositif est en cours de consolidation, indique-t-on rue de Varenne. Il doit permettre de prendre en compte tous les maillons de la filière. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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