Paru le 30 juin 2021, le rapport annuel du Haut-conseil pour le climat (HCC) constate une « amélioration mitigée » du rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Mais les objectifs de la stratégie nationale bas carbone (SNBC) sont encore loin d’être atteints.

À elle seule, l’agriculture représente 19 % des émissions totales de GES de la France, principalement avec le méthane et le protoxyde d’azote. Ce secteur, avec celui des transports, peine à progresser dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Un rythme de réduction des émissions trop lent

Les émissions de GES du secteur agricole ont diminué de 9,8 % depuis 1990. Cependant, le poids de l’agriculture dans les émissions totales a augmenté de 2 points.

En 2019, la diminution des cheptels bovins a conduit à la réduction de 1,6 % des émissions de méthane. Les émissions de protoxyde d’azote n’ont, quant à elle, diminué que de 0,7 %.

Alors que la SNBC 2 vise une réduction de 17 % des émissions du secteur agricole en 2030 par rapport aux chiffres de 2015, le rythme annuel de décarbonation peine à atteindre cet objectif. En effet, ce dernier n’est que de –0,5 % entre 2010 et 2019.

Les prairies permanentes n’atteignent que 50 % de leur potentiel de stockage des années 1990, faisant suite à leur conversion en terres cultivées. L’artificialisation des sols (en moyenne 57 600 ha/an en France) est également une source croissante d’émission.

L’impact du changement climatique est déjà visible sur l’agriculture française. Les vagues de chaleur, la sécheresse, les fortes précipitations et gelées affectent les rendements en grandes cultures et la productivité des élevages. Des politiques ambitieuses doivent être mises en place pour enrayer le mouvement, selon le HCC.

Des politiques publiques plus fortes

Alors que la future Pac se dessine pour les années à venir, le HCC recommande de réaffecter les soutiens du premier pilier en faveur de la lutte contre le changement climatique, ou encore de renforcer la conditionnalité des aides en application du principe « pollueur-payeur », notamment en durcissant les critères des mesures BCAE (bonnes conditions agricoles et environnementales) ou en introduisant de nouvelles BCAE.

Selon le HCC, les plans de filière construits à court terme ne développent pas suffisamment les leviers de transformation bénéfiques aux enjeux climatiques.

Plusieurs mesures du rapport annuel de 2020 du HCC ont été adoptées par le gouvernement telle que la mise en place du plan protéines végétales, l’inscription dans la loi climat d’une réduction des émissions liées aux engrais azotés, ou encore la sensibilisation aux labels HVE et AB. Pourtant, le HCC note que seule 1,5 % des mesures affectées à l’agriculture du plan de relance sont favorables au climat.

La France rattrape malgré tout ses voisins

Depuis 1990, le rythme de réduction des émissions françaises du secteur agricole est inférieur à celui de la moyenne des pays membres de l’Union européenne. Mais sur ces dix dernières années, les émissions du secteur agricole français ont diminué alors que celles des pays voisins européens ont stagné, voire augmenté.

Les émissions à l’échelle européenne ont augmenté de +1,3 % entre 2018 et 2010. L’Union européenne contribue à 16 % de la déforestation mondiale importée. Cela représente 1 807 millions de tonnes de CO2 entre 2005 et 2017.

Alessandra Gambarini