Le constat est amer. « Depuis le début des années 2000, les produits français d’origine animale ont vu leur part de marché à l’international se réduire fortement, passant de 9 % des exportations mondiales en 2000 à 5 % en 2016 », rapporte l’étude de l’UMR SMART-LERECO de l’Inra, publiée par le ministère de l’Agriculture le 28 mai 2019. À l’échelle européenne, « la France a également vu sa position se dégrader, alors que certains États membres de l’UE ont connu des trajectoires opposées ».

Pour les chercheurs, « la baisse de la France dans le total des exportations mondiales de productions animales s’explique ainsi, à hauteur de 50 %, par une perte de « compétitivité pure », et respectivement à 40 % et à 10 % par des effets de spécialisations géographique et sectorielle ».

Des exportations mal orientées

D’après l’étude, les entreprises françaises se concentrent sur des marchés peu dynamiques, principalement sur les grands marchés européens. « Par exemple, le marché italien – première destination des exportations françaises de produits animaux (17 %) – enregistre un des plus faibles taux de croissance des importations. Au contraire, la France n’exporte que marginalement vers les destinations les plus dynamiques, comme le Vietnam, la Pologne, la Chine, l’Indonésie ou encore l’Australie. »

Sur le marché européen, l’offre française de produits animaux apparaît moins adaptée que par le passé à la demande, notamment s’agissant des produits à base de viande. « Ces changements peuvent notamment s’expliquer par la hausse de la production de chacun des pays partenaires et la modification des régimes alimentaires des consommateurs. »

Une productivité des entreprises qui s’essouffle

Souvent pointées du doigt, les dépenses de personnel « contribuent de façon limitée à la compétitivité coût des filières », car elles ne représentent qu’« une faible part (un sixième) des charges d’exploitation des entreprises agroalimentaires ». Néanmoins, « les importations françaises de produits animaux transformés diminueraient en moyenne de 2 % sur la période si la France avait les mêmes coûts salariaux que l’Allemagne », souligne l’étude.

En revanche, la productivité – « analysée comme la capacité d’une entreprise à transformer efficacement des inputs en outputs » – s’est « essoufflée » entre 1995 et 2015. Les entreprises de plus grandes tailles (en emplois) ont connu « une meilleure croissance de leur productivité que les entreprises plus petites ». Pour préserver leur compétitivité-prix, les industries des productions animales auraient réduit leurs marges, notamment dans les secteurs des viandes et des produits laitiers. « Cette compression des marges a pu pénaliser leur capacité à renouveler leur capital de production et à innover. »

Aller vers davantage de qualité

Les chercheurs de l’Inra estiment que l’amélioration des performances économiques de la France, à l’international, pourrait reposer sur des stratégies agissant conjointement sur les composantes de « prix » (charges salariales et productivité) et « hors prix » (amélioration de la qualité des produits) de la compétitivité.

Ils recommandent ainsi d’« encourager les mesures permettant d’améliorer la qualité des produits et de la signaler aux consommateurs », et de « poursuivre les stratégies d’identification et de protection des AOP françaises, hors du marché communautaire, afin que l’impact positif de ces appellations sur les exportations dépasse les frontières européennes ».

V. Gu.