Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Une année laitière tourmentée

réservé aux abonnés

 - -->
Sodiaal est en passe de reprendre l’activité de séchage de lait de l’usine Synutra de Carhaix, dans le Finistère. © I. Lejas

Entre problèmes sanitaires et partenariats défaillants, les revers se sont multipliés pour les transformateurs. Du côté des éleveurs, les attentes restent fortes, pour un meilleur prix du lait.

«Nous mettons tout en œuvre pour comprendre. » Le ton est grave, ce 11 janvier 2018, dans les locaux parisiens de Lactalis, au trentième étage de la tour Montparnasse. Lors d’une conférence de presse diffusée en direct sur les principales chaînes d’information continue, le numéro un mondial du lait sort de son silence, par la voix de Michel Nalet, son directeur des relations extérieures.

Un mois plus tôt, vingt cas de salmonellose ont été signalés chez des nourrissons ayant consommé du lait infantile produits sur le site de Craon (Mayenne). L’industriel est contraint d’interrompre la production de l’usine, et de rappeler plus de 12 millions de boîtes de poudre de lait. « Oui, nous avons failli à notre mission, qui est de garantir la mise sur le marché de produits sains », reconnaîtra Emmanuel Besnier, discret PDG de Lactalis.

Au-delà de l’image écornée de la poudre de lait infantile française, notamment en Chine, premier importateur mondial, l’inquiétude des éleveurs est grande. Près de 600 d’entre eux produisent pour l’usine de Craon. Mais Lactalis se veut rassurant. « Il n’y aura pas de conséquences pour la collecte. Les volumes seront redirigés vers d’autres sites du groupe. »

Et surtout, « le prix du lait ne sera pas affecté par d’éventuelles pertes que le groupe pourrait rencontrer par rapport à cet incident », insiste Michel Nalet. Pourtant, la facture s’annonce salée pour l’industriel. Dans une interview aux Échos, le 1er février, Emmanuel Besnier l’estimait à « plusieurs centaines de millions d’euros ».

« Passage en force » sur le prix du lait

Ces bonnes intentions n’empêcheront pas Lactalis d’être pointé du doigt par ses producteurs quelques mois plus tard. Dans un communiqué publié le 17 avril, l’Union nationale des éleveurs livreurs à Lactalis (Unell) dénonce des conditions de négociations tarifaires « d’un autre temps », accusant l’industriel de « passer en force » avec un prix du lait moyen de 300 €/1 000 l sur le mois. Principal point de désaccord : la valorisation du lait sur le marché intérieur.

Le syndicalisme majoritaire monte également au créneau. « L’Esprit des États-généraux de l’alimentation n’est déjà plus là », s’agace la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), exhortant les laiteries privées comme coopératives à « mettre en adéquation les avancées obtenues à l’issue des négociations tarifaires [de l’hiver 2017-2018, NDLR] et le prix du lait payé aux éleveurs ».

Peser davantage

Afin de peser davantage dans la filière, les organisations de producteurs (OP) créent une structure nationale le 6 juillet, regroupant trois associations d’organisations de producteurs et six OP, verticales comme horizontales. « Nous voulons porter d’une seule voix le message des OP, mais également entrer à l’interprofession, au même titre que la distribution », souligne Claude Bonnet, président de l’Unell. Alors que le statut juridique et le mode de financement de cette nouvelle organisation restent à définir, son intégration au Cniel ne semble, pour l’heure, pas à l’ordre du jour.

L’affaire Synutra

En plein cœur de l’été, il est à nouveau question de poudre de lait. Cette fois, il ne s’agit pas d’un problème sanitaire, mais de deux partenariats industriels qui volent en éclat avec Synutra, spécialiste chinois des laits infantiles. Ce dernier connaît des difficultés de commercialisation de ses produits en Chine.

Les coopératives françaises impliquées sont Sodiaal et Maîtres laitiers du Cotentin (MLC). La première s’est engagée sur dix ans à fournir 280 millions de litres de lait par an à l’usine de fabrication de laits infantiles de Carhaix (Finistère), propriété de Synutra, inaugurée en septembre 2016. MLC a, de son côté, noué un contrat d’une même durée pour la fourniture annuelle de 690 millions de briquettes de lait infantile à destination de la Chine, produit dans son usine de Méautis (Manche), inaugurée en septembre 2017. Montant de l’investissement : 116 millions d’euros.

Le 21 août, deux huissiers se rendent à l’usine Synutra de Carhaix pour effectuer des « saisies conservatoires », d’après le quotidien Ouest-France. Une semaine plus tard, des discussions s’ouvrent entre Sodiaal et Synutra pour le rachat partiel de l’usine, acquise pour 170 millions d’euros par l’industriel chinois. Le 5 décembre, Damien Lacombe, président de Sodiaal, annonce la signature d’une promesse de vente pour la reprise d’une partie du site de Carhaix : la coopérative française reprendrait l’activité de séchage, tandis que Synutra garderait la partie conditionnement du lait infantile destiné au marché chinois.

Les déboires de MLC avec Synutra prennent une autre tournure. Le 31 août, la coopérative normande annonce « la décision unilatérale de Synutra de rompre son contrat ». Alors que la collecte laitière a été conservée, l’usine de Méautis devra trouver de nouveaux débouchés et orienter ses fabrications vers d’autres produits, le beurre et la crème notamment. Pour MLC, le manque à gagner est estimé à 9,558 M€. La coopérative a saisi le tribunal de commerce de Brest, à l’encontre de Synutra France dont le siège est à Carhaix, ainsi que le tribunal de commerce de Paris pour « rupture abusive de contrat ».

Vincent Guyot
Prix du lait : vers plus de transparence ?

Alors que les distributeurs s’apprêtent à entrer à l’interprofession laitière, Intermarché semble vouloir montrer l’exemple. Le 12 décembre, l’enseigne a signé un accord avec Sodiaal, pour une valorisation à 370 €/1 000 l (toutes primes et qualités confondues) de sa quote-part dans la collecte de la coopérative. Le 14 décembre, elle annonce un accord analogue avec Savencia, à hauteur de 375 €/1 000 litres. Pour repère, le coût de production des élevages conventionnels est estimé à 396 €/1 000 l par l’Institut de l’élevage en 2016 (1).

(1) http://idele.fr/index.php?id=4107

Imprimer Envoyer par mail Commenter
En direct
Afficher toutes les actualités

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !