« L’importante crise sanitaire de 2020 a révélé un certain nombre de risques qui pèsent sur la filière bovine française », estime FranceAgriMer dans son bilan sur l’année 2020. Si les changements de canaux de distribution liés à la pandémie de Covid-19 ont créé des opportunités de revalorisation au sein de la voie femelle, le bilan a été bien plus morose du côté des filières de broutards et de jeunes bovins (JB).

« L’encombrement du marché des jeunes bovins à la suite des pertes de débouchés à l’exportation ou en restauration hors domicile (RHD) a conduit à une importante et durable baisse de la cotation », notent les experts de FranceAgriMer, générant de surcroît une pression sur les prix des bovins maigres.

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La consommation de viande pourrait encore diminuer

La vaccination de la population contre le Covid est la perspective la plus encourageante pour une reprise des échanges entre les pays européens en 2021, et notamment de viande de jeune bovin.

Mais la crise économique sous-jacente à l’épidémie de Covid-19 et la perte de pouvoir d’achat restent une menace de taille pouvant impacter la consommation de viande bovine, « de plus en plus considérée comme un produit festif onéreux et dont le prix au détail ne cesse de croître », estiment les experts de FranceAgriMer.

À moyen terme, les mouvements anti-viande et l’arrivée de produits protéinés non issus des productions animales sont autant d’autres facteurs qui pourraient induire une baisse de la consommation par bilan, selon FranceAgriMer.

Concernant les échanges de viande bovine, les exportations pourraient se stabiliser en 2021 tandis que les importations pourraient « retrouver un niveau intermédiaire entre les situations de 2019 et 2020, en tablant sur un retour progressif vers la situation de 2019 au cours de l’année ».

La décapitalisation du cheptel devrait s’accélérer

Au sein du cheptel français, la décapitalisation des vaches allaitantes et laitières s’est poursuivie en 2020. « Malgré les deux confinements, les abattages de vaches sont restés stables (–0,6 %), en légère hausse pour les vaches laitières (+0,5 %) et en baisse pour les vaches allaitantes (–1,4 %) », indique le rapport annuel de FranceAgriMer.

Selon les perspectives tracées par FranceAgriMer pour l’année 2021, « la hausse du prix des tourteaux depuis 2018 et les incidents climatiques réduisant la production fourragère pourraient entraîner la poursuite de la décapitalisation », à la fois en vaches laitières et allaitantes.

Le phénomène pourrait s’accentuer si le prix du lait ne s’avère pas suffisamment rémunérateur pour les éleveurs, entraînant alors une hausse du nombre de réformes laitières.

S’agissant des vaches allaitantes, une « ré-accélération de la décapitalisation » pourrait être favorisée par une consommation de viande de vache française dynamique et un contexte de prix haussier des vaches de type R.

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Les exportations de broutards devraient rester dynamiques

Du côté des mâles, « la mauvaise conjoncture dans la filière française de l’engraissement de jeunes bovins et la demande italienne stable en volume ont favorisé des sorties de broutards précoces », analysent les experts. Ce surplus d’offre depuis le mois d’août a provoqué une forte chute des cours : 10 et 25 centimes/kg selon les races et les catégories de poids.

En 2021, la santé de la filière dépendra grandement du marché italien, qui a capté 81 % des broutards exportés par la France l’an passé, soit une hausse de 3 % de parts de marché par rapport à 2019.

« Si une récession économique devait atteindre l’Italie, il serait très difficile d’y valoriser les broutards français, alors même que leurs stocks devraient encore croître en 2021 », alerte FranceAgriMer.

« En volume, les exportations de broutards vers l’Italie devraient tout de même rester dynamiques en 2021, l’offre française étant importante et les ateliers d’engraissement et de méthanisation italiens devant être rentabilisés. »

La demande en provenance du pourtour méditerranéen pourrait être tout aussi dynamique, « sous réserve que la crise sanitaire s’achève et que le commerce du pétrole reprenne, ce qui stabiliserait économiquement ces pays », nuance FranceAgriMer.

La production espagnole, une concurrence féroce

Du côté de l’Espagne, le contexte ne semble pas prometteur pour la vente de broutards français. Les acheteurs espagnols préfèrent acheter des petits veaux laitiers, à engraisser en jeunes bovins. Cette viande issue des jeunes bovins espagnols pourrait d’ailleurs venir concurrencer la viande française notamment en Italie.

Sur l’année 2020, les exportations de jeunes bovins espagnols ont progressé de 17 % par rapport à 2019, toutes destinations confondues. Malgré un secteur du jeune bovin mâle encombré, les exportateurs espagnols ont su trouver de nouveaux marchés, tant à l’intérieur de l’Europe que sur les pays tiers.

« La capacité à trouver de nouveaux débouchés peut être en partie liée à la compétitivité de la filière espagnole, qui s’approvisionne de plus en plus en veaux nourrissons français à bas prix et dont les grands ateliers d’engraissement permettent des économies d’échelle », explique FranceAgriMer.

« La Pologne a vu, quant à elle, sa production de jeunes bovins se maintenir à des niveaux élevés en 2020 malgré la pandémie qui a touché l’Europe », poursuivent les experts de FranceAgriMer.

Ses exportations de viande bovine [à hauteur de plus de 90 % de sa production] se sont maintenues vers toutes les destinations, « qui sont principalement européennes et qui, faute de débouché en RHD, ont pu concurrencer les viandes issues des productions locales et des fournisseurs traditionnels » à des prix plus compétitifs.

Lucie Pouchard
Votre analyse du marché - Bovins maigres

L’offre de broutards reste juste suffisante pour la demande

La modestie de l’offre continue à faciliter l’animation commerciale sur l’ensemble des marchés. Les ateliers d’engraissement se vident rapidement avec des mises en place qui ont été insuffisantes depuis un an.