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Des nouvelles règles s’imposent à l’agriculture biologique

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Filière - Des nouvelles règles s’imposent à l’agriculture biologique
Selon Arvalis, les fientes de poule et lisiers de porc utilisés en agriculture biologique sont pour beaucoup issus d’élevages considérés comme industriels par la réglementation. © Henri Etignard

L’interdiction des effluents d’élevage dits « industriels » pour la fertilisation et le passage à une alimentation 100 % bio dans les élevages ne sont pas sans conséquences pour les exploitations en agriculture biologique.

À l’occasion du « Live des grandes cultures bio » organisé le 4 février 2021, Terres Inovia et ses partenaires techniques ont présenté les enjeux et évolutions possibles de la filière bio face à deux réglementations :

  • L’interdiction des effluents d’élevage dits industriels, avec une définition précisée au 1er janvier 2021 : cette mesure ne concerne pas tous les types d’élevages et des délais sont accordés selon les produits (voir l’encadré) ;
  • Le passage à une alimentation 100 % bio en 2022 : la réglementation actuelle autorise 5 % d’aliment conventionnel dans les formulations. Les apports se font principalement avec du gluten de maïs et des concentrés protéiques nettement plus intéressants que les autres ressources d’un point de vue nutritionnel.

Être attentif à la fertilité des sols

Selon une enquête du service de la statistique et de la prospective réalisée en 2017, les fientes de poule et lisiers de porc utilisés en agriculture biologique sont majoritairement issus d’élevages dits industriels. « Cela questionne sur les conséquences en matière de prix et de système de cultures à l’avenir », souligne Otto Koch, d’Arvalis.

À une échelle plus locale aussi, la filière se questionne : selon Marianne Sanlaville, de la Coopération agricole Occitanie, 20 à 30 % des agriculteurs seraient concernés, avec une dépendance forte des systèmes de grande culture bio. Les craintes portent sur une baisse du revenu, de la compétitivité et des conversions.

Afin de mieux évaluer l’impact sur les exploitations, Arvalis a mené des simulations à l’aide de l’outil Systerre, sur la base de 5 fermes type bio réparties en France. Différents scénarios ont été imaginés en faisant varier la stratégie de fertilisation (impasse, substitution, doses) et les prix.

Les résultats montrent que d’un point de vue économique, peu d’écarts sont observés d’une situation à l’autre. À plus long terme cependant, les simulations montrent des écarts significatifs d’un scénario à l’autre sur la fertilité des sols.

Une réduction des protéagineux au profit du soja ?

« Le passage à une alimentation 100 % bio sera nettement plus problématique pour la filière des volailles, où les protéagineux sont plus difficiles à valoriser », précise Antoine Roinsard, de l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab).

Le soja risque de prendre une plus grande importance (qui plus est importé) au détriment des protéagineux et les alternatives sont moins intéressantes ou difficilement disponibles. « Le surcoût alimentaire pour les élevages est significatif », précise-t-il. En grande culture bio, l’association céréales-protéagineux dont les bénéfices agronomiques sont reconnus, pourrait aussi être remise en cause.

Quelles solutions sont alors envisageables pour limiter ces impacts ? Pour maintenir les protéagineux, la sélection variétale et l’amélioration des process technologiques sont des leviers possibles. Cependant et selon Céline Le Gall, de Terres Inovia, « il n’y a pas de solution miracle, une combinaison de leviers est nécessaire de même que l’implication de la filière et du consommateur final. »

Concernant le soja, le développement de la production française peut être une solution, mais la faisabilité climatique actuelle et future dans les régions du Nord est à étudier. Dans le Sud-Ouest, le changement climatique pèse sur le stress hydrique de la culture, mais aussi sur les possibilités d’irrigation à venir.

Charlotte Salmon
Une définition pour les effluents d’élevage dits « industriels »

L’interdiction d’utiliser des effluents d’élevage industriels pour les épandages n’est pas une nouveauté puisque l’annexe 1 du règlement d’application RCE n°889/2008 mentionne déjà cette mesure. « Cependant, son application sur le terrain s’est confrontée à des difficultés en l’absence d’une définition claire d’un élevage industriel », souligne Sandrine Thomas, de l’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité).

Une définition a donc été apportée sur la base de seuils à ne pas dépasser pour différentes catégories d’animaux. Ainsi sont interdits les effluents d’élevage en système à caillebotis ou grilles intégral et d’élevages en cages dépassant les seuils suivants (issus de l’annexe I de la directive n°2011/92/UE) :

• 85 000 emplacements pour les poulets ;

• 60 000 emplacements pour les poules ;

• 3 000 emplacements pour les porcs de production (de plus de 30 kg) ;

• 900 emplacements pour les truies.

Ces interdictions concernent les effluents épandus directement sur les parcelles, mais aussi les produits obtenus à partir de ces matières, tels que les composts, les digestats et les produits normés. Les protéines animales transformées (PAT) ne sont par contre pas concernées, de même que les autres types d’élevage même s’ils dépassent les seuils ou sont hors-sol.

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