C’est une petite révolution à Arvière-en-Valromey, dans l’Ain : au début d’avril, une nouvelle coopérative à comté, regroupant quatorze exploitations, entrera en production. « Jamais ne s’était créée une nouvelle coopérative à comté », explique Jérôme Berthier, son président.

« Il y a eu de nouveaux producteurs, de nouveaux affineurs, mais toutes les coopératives étaient déjà existantes », poursuit-il. Il aura fallu quatre ans pour que le projet prenne forme, après que la coopérative a reçu ses droits à produire, de 300 tonnes de comté par an.

Le rachat de leur laiterie fait tout basculer

C’est après le rachat de leur laiterie par Agrial en 2016 que tout commence : les nouvelles conditions proposées par l’acquéreur n’ont pas convaincu bon nombre d’adhérents. Alors l’idée émerge.

« On avait la chance d’être dans la zone AOP Comté, mais il n’y avait pas de coopérative et le lait doit être collecté dans un rayon de 25 kilomètres, détaille Jérôme Berthier. Alors pourquoi ne pas en construire une ? »

C’est décidé. En mai 2017, les quatorze exploitations se rapprochent du comité interprofessionnel de gestion du comté (CIGC). « Il y a eu beaucoup d’échanges, et ça n’a pas été facile, témoigne Jérôme Berthier. Pourquoi nous donner des tonnages, et pas à des producteurs et des coopératives déjà dans l’AOP ? »

300 tonnes par an

Le plan triennal de régulation de l’offre du comté, discuté à l’automne 2017, et voté lors de l’assemblée générale du CIGC le 1er décembre suivant, a finalement octroyé 1 320 tonnes par an supplémentaires, selon le comité. 300 d’entre elles seront produites par la nouvelle coopérative.

Cinq millions de litres de lait seront ainsi prochainement transformés dans la fruitière, dont 800 000 litres produits en bio. Trois millions serviront à la fabrication du comté, qui sera vendu « en blanc » à un mois à un affineur. Les deux millions restants seront transformés en fromage à raclette, puis affinés et commercialisés par la coopérative.

Investir pour respecter le cahier des charges

Le challenge était de taille : les quatorze exploitations engagées dans le projet de la coopérative ont dû changer leurs pratiques pour répondre au cahier des charges de la production de comté.

« Chacun a géré sa ferme, raconte Jérôme Berthier. Certains ont dû changer leurs troupeaux, d’autres investir dans des bâtiments de séchage, ou encore mettre en place des parcs de pâturage… Il y a eu 2 millions d’euros d’investissements dans les fermes. »

Un projet très soutenu

« Il y a eu un énorme engagement dans le département pour ce projet, poursuit Jérôme Berthier. Le CIGC a également encouragé la création d’un magasin. Celui-ci ouvrira prochainement, avec une offre complète de produits locaux ».

Témoignant de l’engouement de la population locale, 50 000 euros ont été récoltés pour le magasin, grâce à une opération de crowdfounding sur la plateforme de financement participatif Miimosa.

Raphaëlle Borget