D’après le bilan dressé par l’économiste de l’Institut de l’élevage (Idele), Maria Campos Herrada, à l’occasion de l’assemblée générale de la Fnec le 20 avril 2021, le marché du lait de chèvre reste attractif : le prix de base du lait a grimpé de 3,5 % en 2020, pour s’établir à 681 €/1 000 litres. La collecte a progressé de 4 % sur un an et les importations ne pèsent plus que pour 10 % de l’approvisionnement des industriels français. Mais tout n’est pas rose pour autant.

Les coûts de production sont en hausse

Comme le rappelle l’experte de l’Idele, l’Ipampa lait de chèvre poursuit son ascension engagée en septembre dernier. En février 2021, l’indice des prix d’achat des moyens de production agricole a atteint un niveau historique, jamais vu depuis 2005. La flambée du prix des aliments y est pour beaucoup.

Cela pourrait bien peser sur la collecte laitière, déjà freinée au début de 2021 par la mauvaise qualité des fourrages récoltés l’an passé. De potentiels, mais probables, nouveaux caprices climatiques pourraient bien accentuer ces évolutions, aussi bien sur l’Ipampa que sur la collecte.

La crise du chevreau persiste

Du côté de la viande caprine, Maria Campos Herrada indique que « les abattages de caprins de réformes sont restés stables en 2020, à 3 300 tec », mais signale « une baisse des abattages de chevreaux de 4 %, à 3 100 tec. » Le cours du chevreau est resté au plancher, autour de 2,60 à 2,70 €/kg vif de mars à septembre. Si la valorisation a côtoyé les normales de saison à Noël (4,20 €/kg vif), « rien n’est acquis. »

« Au printemps dernier, la collecte des chevreaux a été assurée en dépit du flou sur les débouchés, souligne Franck Moreau, secrétaire général de la Fnec. Une aide a ensuite été débloquée, pour gérer les surstocks. » Mais la situation reste tendue.

« Un nouveau contingentement sur les volumes d’abattage met la pression sur les éleveurs » en 2021, alerte Franck Moreau. « La hausse du prix du lait couvre à peine les pertes enregistrées sur les chevreaux », appuie Jacky Salingardes, le président du syndicat.

> À lire aussi : Viande caprine, le « chantage » au ramassage des chevreaux excède la Fnec (04/03/2021)

Le renouvellement des générations pose question

Une autre problématique, qui n’est pas propre à la filière caprine, a été identifiée à l’occasion de l’assemblée générale de la Fnec : le difficile renouvellement des générations. « La collecte a retrouvé son niveau des années 2000, mais rien ne dit que cela va durer, souligne Jacky Salingardes. L’approvisionnement des entreprises pourrait bien poser problème dans le futur. »

Si l’intérêt des néoruraux pour la production caprine est une piste intéressante, encore faut-il partager les installations entre les systèmes fermiers et livreurs. « Produire du lait pour une entreprise est tout à fait respectable, affirme Franck Moreau. Les collecteurs ont un véritable travail de communication à faire, pour redonner du sens à ce système livreur » si important pour assurer la pérennité de la filière du lait de chèvre française.

Alexandra Courty