D’après le bulletin hebdomadaire de la Plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale (ESA) publié le 20 octobre 2020, « des formes cliniques de FCO de sérotype 8 ont été observées dans les départements de l’extrême sud-ouest de la France continentale depuis août 2020. » Depuis la découverte des deux premiers foyers le même mois dans les Landes et dans les Hautes-Pyrénées, trente-deux autres foyers ont été déclarés avec signes cliniques. « Cinq départements du Sud-Ouest du pays sont concernés : l’Ariège, la Haute-Garonne, les Landes, les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées », rapporte la plateforme ESA.

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Pour Henri Gouzenne, président du syndicat des négociants en bestiaux des Hautes-Pyrénées, la maladie de la langue bleue se répand bien au-delà. « On nous rapporte des cas positifs un peu partout en France : sur la côte occidentale, en Charente-Maritime, en Bretagne et en Normandie ou alors plus au centre, dans le Cantal. L’épidémie reflambe également dans l’Aveyron. En quarante ans d’activité, je n’ai jamais vu autant de cas qu’en l’espace des deux derniers mois et demi cette année », témoigne-t-il.

« Pas une étable n’y échappe »

« Depuis le mois d’août, nous sommes face à une situation catastrophique, confie Henri Gouzenne. Sur les bovins, les signes cliniques se sont amplifiés : avortements, malformations, mort-nés… Pas une étable n’y échappe. » Du côté des ovins, le professionnel estime à 25-30 % le nombre de brebis mortes en zone de montagne.

Pour « faire réagir » les élevages laitiers naisseurs de son département, Henri Gouzenne et quelques autres négociants en bestiaux ont décidé de ramener une partie des veaux déclarés positifs en ferme pendant deux à trois semaines entre la fin d’août et le début de septembre. « Les éleveurs n’étaient pas contents, mais ils ont fini par faire vacciner leur cheptel », rapporte-t-il. Denis Fontan, éleveur de 70 mères prim’holsteins dans les Hautes-Pyrénées, en fait partie. Six veaux déclarés positifs lui ont été retournés. « Ces derniers étant déjà âgés de vingt semaines, je ne savais plus quoi en faire », avoue l’éleveur.

Des « bombes sanitaires » de retour en élevage

Si Denis Fontan a pu garder ses femelles pour l’élevage, il a été contraint d’euthanasier quelques mâles, l’engraissement à la ferme étant peu envisageable. « On bascule sur un marché qui n’est pas le nôtre », explique-t-il. Mais au-delà du manque de débouchés, le retour de veaux « brassés en centre d’allotement » soulève des problématiques sanitaires importantes. « Ces animaux, potentiels vecteurs de maladies, doivent être isolés ; ce sont des lots supplémentaires à gérer », fait savoir l’éleveur.

Pour ne plus se retrouver dans cette situation, Denis Fontan a fait vacciner son cheptel au début d’octobre. « Avec le rappel, il faut compter 14 à 16 euros par bovin, dit-il. Au même titre que la fièvre Q ou la BVD, nous devons nous résoudre à intégrer la vaccination contre la FCO dans notre protocole sanitaire. »

Deux manifestations en septembre

En parallèle, une douzaine de négociants en bestiaux a manifesté devant la préfecture de Tarbes (65) le 7 septembre 2020. « Huit jours plus tard, le préfet nous a réunis. Un courrier de la part du groupement de défense sanitaire (GDS) des Hautes-Pyrénées et de la direction départementale des services vétérinaires (DDSV) a été adressé à tous les élevages laitiers pour inciter à la vaccination. Un second est en préparation à destination des éleveurs de bovins allaitants », explique le président du syndicat des négociants en bestiaux du département.

Henri Gouzenne espère obtenir auprès de la préfecture de Tarbes le remboursement intégral des frais PCR engendrés depuis trois ans et demi, 100 % à sa charge. © SARL Gouzenne

Henri Gouzenne, qui espère parvenir à une vaccination obligatoire, est allé porter la voix des négociants à la préfecture de Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, le 21 septembre 2020. « Les lignes doivent bouger pour arriver à un cheptel indemne de la maladie à l’échelle nationale », estime-t-il, attendant un soutien des services vétérinaires.

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Lucie Pouchard
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