Pour le syndicalisme majoritaire, les chambres d’agriculture, la Confédération paysanne et la Coordination rurale, il est hors de question de tester la phéromone apaisante ovine (SAP) sur les cheptels ovins pâturant en cœur de parcs nationaux dans un contexte de prédation.

Une idée « stupéfiante »

L’idée avait été émise par le préfet référent lors de la dernière réunion du groupe de travail « cœurs de parcs nationaux » du 14 février 2020. Les éleveurs sont « stupéfaits » par la proposition et en ont fait part au préfet dans un courrier adressé le 28 février 2020.

« L’État nous propose de droguer nos brebis avant qu’elles se fassent attaquer pour leur éviter de stresser, explique Claude Font, de la FNO. Le but serait de réduire les difficultés rencontrées par les éleveurs et notamment les pertes indirectes engendrées par le stress. Cette proposition est scandaleuse et inadmissible. »

Pour Claude Font, la solution passe par les tirs de défense, par des personnes habilitées par exemple. « Mais cette requête n’a jamais abouti », se désole-t-il.

« On ne cherche pas à résoudre le problème à la source »

Pour la Confédération paysanne, l’idée paraît saugrenue également. « On cherche seulement à réduire les pertes indirectes ! s’insurge Marc Baudrey. On ne s’intéresse pas à résoudre le problème à la source. » Traiter les brebis pâturant dans les cœurs de parc avec un produit chimique est une ineptie pour le représentant syndical.

« Cela pose, par ailleurs, le problème de la valorisation, ajoute-t-il. Comment va-t-on commercialiser les animaux, des filières bio par exemple, qui auront subi le traitement ? s’interroge-t-il. C’est une idée à ranger avec celles qui préconisaient l’introduction des vaches Hérens ou des ânes pour « repousser les loups » qui attaqueraient les troupeaux de brebis. »

Le militant regrette que l’État ne retienne pas l’idée du piégeage non létal comme moyen de lutte. « L’expérimentation de la brigade de bergers d’appui en Vanoise est en revanche une bonne idée à développer », estime-t-il.

« Une proposition écœurante »

Joseph Jouffrey, de la Coordination rurale, est « écœuré » à l’évocation de l’expérimentation sur la phéromone apaisante ovine. « J’aimerais savoir si c’est bien naturel d’administrer une solution de cette phéromone aux brebis, fulmine-t-il. Cela alors que nous avons, en France, une sécurité sanitaire des aliments les plus sûres au monde. Il faudrait changer le statut du loup, martèle-t-il. Les populations sont suffisamment abondantes en Europe. J’attends l’accident avec l’humain. D’ailleurs, quand le prédateur s’aventure un peu trop près des villes, l’État élimine l’animal. »

M.-F. Malterre