« Ce braconnage représente une perte inestimable. » Olivier Guder, vice-président de l’association pour la protection des grands prédateurs Ferus, déplore cette nouvelle destruction illégale d’un jeune mâle lynx boréal. Le 30 décembre 2020, une randonneuse découvre le cadavre d’un individu appartenant à cette espèce protégée dans la forêt du canton de Quingey, dans le Doubs.

Dès le 31 au matin, des membres de l’Office français de la biodiversité (OFB), alerté par le centre Athénas spécialisé dans la protection du lynx, se rendent sur place pour réaliser les premières constatations. Une autopsie s’en suit et conclut que « l’animal a été tué par une arme à feu », rapporte la Dreal (1) de la Bourgogne-Franche-Comté dans un communiqué de presse.

Une randonneuse a découvert le cadavre d’un jeune lynx boréal dans la forêt du canton de Quingey, dans le département du Doubs, le 30 décembre 2020. © Google Maps

Des enquêtes jugées interminables

« Nous allons déposer plainte dans les jours qui viennent, poursuit Olivier Guder, de l’association Ferus. On suppose qu’il y a beaucoup plus de cas de destruction illégale que le nombre de cadavres retrouvés. » Cette plainte s’ajoute aux deux précédentes déposées à la suite de la découverte de cadavres de lynx boréals dans le Haut-Rhin et le Jura au début de l’année 2020.

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Dans son communiqué du 5 janvier 2020, la Dreal l’affirme : une enquête judiciaire est en cours « pour identifier le ou les responsables de ce délit — puni d’une peine maximale de 3 ans de prison et 150 000 euros d’amende. »

« On espère que la justice suivra son cours, que les enquêtes permettront de trouver le responsable, mais on a été un peu déçus par les cas précédents qui n’ont abouti à rien », confie encore Olivier Guder.

Et de déplorer : « Lorsqu’on demande à l’OFB ce qu’il en ait des enquêtes en cours, la réponse qu’on a est : “On ne divulgue rien pour les besoins de l’enquête.” Nous sommes étonnés du temps que prennent ces enquêtes. C’est à se demander si tous les moyens qui sont diligentés sont suffisants et s’ils vont à terme. »

Le lynx boréal est « un concurrent » pour les chasseurs

Cette nouvelle découverte « porte une atteinte grave à la population de lynx en France » qui bénéficie du statut d’espèce protégée », écrit la Dreal. Elle est à ce titre strictement protégée au niveau international et national.

Un encadrement juridique qui n’empêche pas les cas de braconnage sur la centaine de lynx boréals encore présents en France. Selon Olivier Guder, « le lynx est pris pour cible alors qu’il fait peu d’attaques sur les élevages et la présence d’un chien patou suffit à les en dissuader. En revanche, poursuit-il, le lynx dérange certains chasseurs qui peuvent s’approprier la faune sauvage sur un secteur. Une minorité d’entre eux le considère comme un concurrent et le tue. »

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Oriane Dieulot

(1) Dreal : Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement.