« À une époque où les nations doivent réduire drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre, les géants européens du lait et de la viande font grimper les leurs en augmentant leur production et leurs exportations », estime l’Institute for agriculture and trade policy (IATP), dans un rapport publié le 13 décembre 2021.

Au cours de son enquête, l’association a passé au crible les pratiques et les résultats de 35 grandes entreprises agroalimentaires européennes, spécialisées dans les produits laitiers et carnés. « Les émissions de ces 35 entreprises équivalent à 7 % des émissions européennes pour l’année 2018 », affirme l’IATP.

Cause climatique « négligée »

Parmi les 20 entreprises étudiées plus en détail, « seulement 4 déclarent les émissions totales relevées sur l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement », « seulement 10 se sont fixées des objectifs climatiques, et moins encore visent la neutralité carbone », souligne l’association.

Au sein même de ces minorités, les promesses restent « incertaines » et « la compensation des émissions et les progrès planifiés reposent majoritairement sur l’action des agriculteurs », au tout début de la chaîne. Un élément qui fait dire à l’IATP que ces entreprises « vont dans la mauvaise direction » tout en profitant « de relations publiques favorables. »

Les entreprises françaises ne sont pas épargnées

Bien que Danone soit « considéré » comme l’une des entreprises les plus engagées en faveur du climat, l’IATP juge son investissement et ses engagements « décevants ». Toujours selon l’ONG, la stratégie du transformateur repose « sur l’accompagnement des agriculteurs pour améliorer leurs pratiques » et « les programmes controversés de compensation carbone » au lieu de miser sur « la réduction brute des émissions totales » liées à leur activité.

Lactalis et Bigard en prennent aussi pour leur grade. L’ONG pointe l’absence ou le manque de transparence concernant « leurs émissions et leurs objectifs climatiques. »

Réduire la production

Au lieu de « maquiller leur action climatique », l’IATP attend de ces géants industriels « une réduction du nombre d’animaux » pris en charge au sein de « chaînes d’approvisionnement plus courtes » et davantage tournées vers « l’agroécologie. » Sans quoi, « le secteur continuera de voir ses émissions augmenter. »

« Le discours sur la responsabilité environnementale » ne devrait pas « opposer les consommateurs et les producteurs », estime finalement l’IATP, qui rejette la responsabilité sur le maillon intermédiaire : « Un petit nombre d’entreprises agroalimentaires contrôle la façon dont l’alimentation est produite et distribuée. »

Ainsi, l’association espère voir l’arsenal législatif concernant la lutte contre le changement climatique se renforcer et contraindre davantage ces entreprises. Car pour l’heure, « les initiatives volontaires se multiplient », sans « avoir à rendre de comptes », et deviennent dans le pire des cas des « plateformes de greenwashing. »

Alexandra Courty