« Non aux camps de concentration ! » C’est le message que les incendiaires d’un bâtiment agricole à Saint-Martial-le-Vieux, dans le Creuse, le 22 décembre 2016, ont peint sur le sol de l’exploitation. Sur un mur étaient aussi inscrits des tags injurieux à l’encontre de l’entreprise Jean Rozé et de Ségolène Royal. « Il s’agit de toute évidence d’un incendie volontaire », estime Olivier Maurel, secrétaire général de la préfecture du département. Selon l’AFP, l’incendie a été signalé vers 5h00 du matin. Quelque 1 500 m² abritant notamment des tracteurs, des télescopiques sont partis en fumée. Le stockage des céréales a pu être sauvé. La stabulation des animaux n’est pas touchée.

La ferme visée est le projet collectif de la société Alliance Millevaches. Cette dernière regroupe une quarantaine d’éleveurs au sein d’un atelier capable d’accueillir 800 broutards. Un chiffre qui fait bondir certains protecteurs des animaux, qui voient en ces bâtiments de véritables « usines ». Si la SVA Jean Rozé en a pris pour son grade, c’est parce qu’en juillet 2015, la filiale signait un contrat par lequel elle est devenue le client unique d’Alliance Millevaches.

Pourquoi secouer aussi la ministre de l’Environnement ? La semaine dernière, Ségolène Royal a subi nombre de critiques en raison du décret paru au début de décembre, qui relève les seuils d’autorisation des installations classées pour la protection de l’environnement. « Cela veut dire que “l’usine des 1 000 veaux” va pouvoir tourner à 800 bêtes sans enquête publique, ni étude d’impact, en déposant simplement un dossier d’enregistrement en préfecture », s’indignait l’association Lumière sur les pratiques d’élevage et d’abattage (L-PEA), le 15 décembre dernier.

Des « débordements intolérables »

Stéphane Le Foll a immédiatement condamné cet acte dans un communiqué. Il juge les tags inscrits sur les murs « inadmissibles et diffamatoires ». Le ministre tient à rappeler « qu’il n’a eu de cesse, depuis 2012, de travailler avec chacune et chacun, tant éleveurs que défenseurs de la cause animale, et qu’il recherchera toujours une approche équilibrée des problématiques agricoles ».

La FNSEA et la Fédération nationale bovine (FNB) ont également réagi, et demandent à être reçues par Bernard Cazeneuve. Interrogé par l’AFP, Xavier Beulin a pointé du doigt, sans citer de noms, « ces associations qui militent pour le bien-être animal », et ne mâche pas ses mots en qualifiant leur acte d’une « forme d’attentat ». « Ce sont des activistes qui sont devenus des terroristes », a déclaré Gilbert Mazaud, le vice-président de la SAS Alliance-Millevaches, interviewé par France 3 Limousin. La FNB renchérit : « Aucune opinion, aucune idéologie ne peut justifier une telle violence, si ignoble. »

La Coordination rurale assure, quant à elle, de son soutien les éleveurs impactés par cet incendie. Elle « espère que ce nouvel incident fera prendre conscience aux pouvoirs publics de la violence des attaques répétées auxquelles les éleveurs ont à faire face depuis plusieurs mois déjà. Il serait bon de ne pas attendre la répétition de tels actes ou la survenance d’un drame pour que le gouvernement réagisse de manière très ferme ».

L’interprofession du bétail et de la viande, Interbev, assure dans un communiqué de presse qu’elle se « rapprochera des autorités judiciaires pour se constituer partie civile ». Son président, Dominique Langlois, publiait pas plus tard que le 16 décembre dernier une tribune dans laquelle il dénonçait les procès à charge dont l’élevage est régulièrement victime.

« Nous ne pouvons pas tolérer plus longtemps la multiplication des actes de malveillance menés à l’encontre des professionnels de la filière », écrit-il dans son dernier communiqué. « Une telle situation est inacceptable. C’est pourquoi nous demandons aux pouvoirs publics de punir sévèrement ces agissements et mettre tout en œuvre pour que ces derniers ne se reproduisent plus. »

Gérer l’urgence

Le feu éteint, les éleveurs s’organisent pour assurer la continuité des soins aux animaux. La FNB indique que « la priorité est de remettre en place un système d’abreuvement, les animaux étant actuellement privés d’eau ». Et de « trouver une nourriture de substitution car les stocks fourragers ont été détruits ». Gilbert Mazaud salue un élan solidaire de la part des concessionnaires voisins, qui ont prêté du matériel.

Une surveillance permanente est mise en place afin de « détecter toutes maladies sur les animaux ayant passé la nuit dans des fumées étouffantes », complète la FNB. « On a eu de la chance qu’il n’y ait pas de vent, sinon l’ensemble du site aurait pu brûler », estime Gilbert Mazaud.

Hélène ChaligneJournaliste au service de l’élevage