Les émissions mondiales d’ammoniac liées aux activités humaines, dont l’élevage intensif, seraient largement sous-estimées, selon des chercheurs du CNRS et de l’université libre de Bruxelles. Les scientifiques ont utilisé un outil développé par le Centre national d’études spatial, qui, embarqué à bord de trois satellites, mesure différents composés atmosphériques, dont l’ammoniac. « En exploitant les données journalières mesurées par l’instrument pendant près de dix ans, les chercheurs ont généré une carte mondiale de la répartition d’ammoniac atmosphérique, au kilomètre carré près. »

De nouvelles sources

« En combinant cette carte avec des images satellites, ils ont mis en évidence et catégorisé 241 sources localisées d’ammoniac liées à l’activité humaine, dont 83 liées à l’agriculture intensive et 158 à l’activité industrielle, ainsi que 178 zones d’émissions plus étendues », explique un communiqué du 5 décembre 2018. Ces travaux pointent de nouvelles sources d’émissions d’ammoniac, qui n’étaient pas identifiées jusque-là. Ils suggèrent également que « les émissions provenant de sources connues sont très largement sous-estimées ».

Les concentrations en ammoniac atmosphérique, mesurées au jour le jour, ont par ailleurs permis de suivre l’évolution de certaines activités humaines : ouverture ou fermeture de complexes industriels, agrandissement d’élevages intensifs. Toutefois, entendons-nous bien : les élevages dont les émissions apparaissent sur ces images satellites sont d’une autre échelle que celle de la plupart des « élevages intensifs » français. Les centaines de milliers de vaches laitières concentrées dans des mégafermes californiennes sont ainsi responsables d’une zone rouge sur la carte satellite…

L’étude a été publiée dans la revue Nature le 5 décembre. (1)

B. Lafeuille

(1) Industrial and agricultural ammonia point sources exposed. Van Damme, M., Clarisse, L., Whitburn, S., Hadji-Lazaro, J., Hurtmans, D., Clerbaux, C., Coheur, P.-F. Nature, le 5 décembre 2018.