750 emplacements pour les truies ; 2 000 pour les porcs ; 40 000 pour les volailles ; 400 vaches laitières ; 800 veaux de boucherie ou jeunes bovins : ce sont les seuils au-delà desquels un élevage est soumis à autorisation au titre des installations classées pour l’environnement (ICPE). Ce sont aussi les seuils au-delà desquels un élevage est qualifié par Greenpeace de « ferme usine ».

4 413 élevages concernés

Suivant cette définition, l’ONG a publié le 26 novembre 2018 une carte recensant 4 413 « fermes usines » sur le territoire français. D’après la liste actualisée des élevages soumis à autorisation (et effectivement autorisés) fournie à Greenpeace par le ministère de l’Écologie, le 7 novembre, ces élevages seraient répartis dans 2 340 communes, avec une concentration beaucoup plus marquée dans l’Ouest, notamment la Bretagne et la Vendée.

Un effet prédateur sur les fermes à taille humaine

En s’attaquant au « symbole de l’élevage industriel », Greenpeace pointe les « pollutions locales » de l’eau et de l’air (ammoniac), les « désagréments » supportés par les riverains, l’importation de soja contribuant à la déforestation en Amérique du Sud, la « surutilisation d’antibiotiques » liée à la densité d’animaux et l’« entassement » de centaines ou milliers d’animaux dans un bâtiment « sans aucun respect du comportement naturel, ni du bien-être des animaux ».

Mais l’ONG estime aussi que « le développement de ces mastodontes de l’élevage va à l’encontre des intérêts de l’agriculture française ». Selon elle, la coexistence de plusieurs modèles agricoles relève du mythe, puisque l’« agriculture industrielle » impose une « logique de gros volumes à bas coûts » et « répond aux problèmes environnementaux au coup par coup » par des normes à un « effet prédateur » sur « l’agriculture écologique à taille humaine ».

Captation des aides

L’ONG pointe aussi la captation des aides par ces grosses structures. Elle explique avoir retracé les aides de 1 470 de ces gros élevages, qui auraient perçu 48 millions d’euros au titre de la Pac en 2016-2017 (dont 14 millions au titre du verdissement), soit des moyennes de 31 000 € par élevage porcin, 23 700 € par élevage de volailles, 80 000 € par élevage bovin et 39 000 € par élevage mixte.

La FNSEA condamne la délation

La réaction de la FNSEA ne s’est pas fait attendre pour condamner « la dénonciation publique d’agriculteurs qui exercent leur métier dans les règles de l’art […] au seul motif que la taille de l’exploitation ne correspond pas à la vision qu’a Greenpeace du “modèle agricole” ».

Dans un communiqué lundi soir, le syndicat souligne que les agriculteurs « ne supportent plus le climat nauséabond d’intrusions sur les exploitations d’élevage, d’actions violentes contre les abattoirs ou contre les boucheries » et appelle le gouvernement à apporter une « réponse juridique » à ces actes.

La Confédération paysanne déplore une caricature

Pourtant très investie dans la lutte contre « la dérive industrielle » de l’agriculture, la Confédération paysanne a elle aussi déploré mardi la teneur du dossier de Greenpeace, qu’elle qualifie de « caricature regrettable ». Notamment parce que la définition de la ferme usine utilisée par l’ONG est simpliste.

« Une ferme importante en nombre d’animaux est classée ICPE mais n’est pas pour autant une ferme usine. À l’inverse, ce critère ignore les fermes usines en végétal, comme des serres géantes de tomates », écrit la Confédération paysanne. « À vouloir faire le buzz, Greenpeace oublie les réalités des paysannes et paysans qui souffrent et qu’il faut accompagner dans leur transition par des politiques publiques fortes. »

Bérengère Lafeuille