Ils étaient nombreux à fêter une grande première en France : l’entrée d’une Région au capital d’une entreprise agroalimentaire. Et par là, signer la fin de la longue agonie de Doux. Faisant suite à un marathon judiciaire, les différents acteurs de la filière des volailles du Grand Ouest ont créé une structure commune baptisée Yer Breizh, qui a repris les activités d’accouvage, l’usine d’aliments et les contrats des 160 éleveurs auparavant détenus par Doux.

La Région actionnaire

Le conseil régional de la Bretagne, qui s’était impliqué dans le projet de reprise et a déjà injecté 20 millions d’euros (M€) dans le « dossier doux », est également actionnaire depuis ce lundi à hauteur de 5 %, pour une montée progressive au capital à 33 % dans 30 mois, ce qui représentera alors un investissement de 2 M€ (sur un capital total de 6 M€).

Mais pas pour du poulet d’exportation. Car le message a été clairement martelé par Loïg Chesnais-Girard, le président de Région : si la Bretagne entre au capital de Yer Breizh, c’est pour réorienter le modèle breton vers une production plus qualitative, et reconquérir le marché français de la volaille, dans la droite ligne des États-généraux de l’alimentation.

« La présence de la Région est destinée à coaliser les forces pour transformer le modèle de production breton et reconquérir le marché français, et utiliser le plus justement l’argent public. Nous avons une ambition plus globale pour la Bretagne, le bien-manger durablement. Nous travaillons depuis quelques années sur la montée en gamme de nos productions. Le changement du modèle breton est un travail de longue haleine. »

Un site affecté à l’exportation

Le site historique de production de poulets surgelés destinés à l’exportation à Châteaulin (Finistère) a été repris par France Poultry (avec 367 emplois), avec un objectif de 280 000 poulets par jour. « La production annuelle de 75 000 tonnes sera exclusivement réservée aux pays du Golfe (arabique), essentiellement l’Arabie Saoudite », précise François Lefort, directeur général de France Poultry.

Le directeur général d’Almunajem Fahad Alfadley, présent pour l’occasion, précise que « le marché saoudien a évolué comme les autres pays : les consommateurs demandent des produits plus élaborés, de plus haut de gamme, et sont également sensibles aux conditions d’élevage et au bien-être animal. Doux est bien reconnu pour le poulet de table vendu au détail. »

Un nouvel abattoir pour LDC en 2020

Pour sa part, LDC prévoit, à l’horizon de 2020, la construction d’un nouveau site industriel d’abattage et de découpe de volailles également à Châteaulin (pour un investissement de 55 M€), réservé aux marchés de l’agroalimentaire et de la restauration. Le site aura une capacité d’abattage de 400 000 poulets par semaine. Il s’inscrit dans la stratégie de LDC de reconquérir des parts de marché en France : 45 % des poulets consommés sont aujourd’hui importés, soit 3 millions de têtes par semaine.

Les 160 éleveurs repris approvisionneront pour partie le site de France Poultry (avec du poulet léger), et pour partie l’abattoir de LDC (avec du poulet lourd). « Ils feront leur choix pour se positionner sur l’une ou l’autre des productions », précisent les repreneurs. Quant aux 97 salariés conservés, en attendant l’ouverture de l’abattoir de LDC, 24 seront transférés sur le site du groupe à Quimper, et 73 doivent encore se déterminer.

E.C.