« Les politiques pour le développement du vautour ont largement porté leurs fruits, soulignait le 12 juillet 2021 Philippe Jougle, président de la FRSEA Occitanie (1). Aujourd’hui, nous sommes au-delà de ce que la nature permet pour nettoyer les charognes. » Pour le responsable agricole, les oiseaux sont en train de modifier leur comportement, « de charognards ils passent en prédateurs quasi-organisés ». Des vautours sont en effet soupçonnés d’effrayer des troupeaux de brebis pour les précipiter dans le vide afin d’accomplir leur travail de charognard.

Les troupeaux s’affolent

Stéphane Duchateau, chargé de l’animation pyrénéenne du plan national d’actions « Vautour fauve et activités d’élevage », reste prudent quant à l’interprétation de ces faits. « Je n’exclus pas cette hypothèse, mais elle reste peu probable, explique-t-il. Les colonies de vautours peuvent être impressionnantes. Lorsque nous nous rendons sur les lieux d’un constat après l’appel d’un éleveur, celui-ci déclare souvent que le reste du troupeau était affolé. Ces oiseaux sont impressionnants même pour l’homme. » Autrement dit, s’ils provoquent l’affolement d’un troupeau, ce n’est pas forcément volontaire. En plaine ou dans d’autres régions où les vautours sont moins présents, les oiseaux peuvent surprendre et effrayer.

Des cas de dommages sur les troupeaux sont rapportés en dehors des montagnes, comme nous le relations début juillet 2021 dans un article sur une brebis dépecée par des vautours en Corrèze.

Les rapaces s’approchent des bâtiments

Les Pyrénées-Atlantiques sont le département qui concentre le plus grand nombre de vautours fauves. Plus de 1000 couples sont comptabilisés « En 2020, nous avions recensé 35 dommages de vautours sur des animaux de nos troupeaux. À la mi-juillet 2021, nous avons déjà atteint ce chiffre », observe Sébastien Uthurriague, vice-président de la FDSEA des Pyrénées-Atlantiques.

En l’absence d’indemnisation, les déclarations de dommages sont supposées être en dessous de la réalité. Depuis une vingtaine d’années, le responsable syndical constate toutefois une évolution du comportement de ces oiseaux. « Avant, ils se cantonnaient à la montagne, observe-t-il. Aujourd’hui, on les trouve beaucoup en piémont et en plaine. Ils se posent sur le toit de nos bâtiments. Ils s’approchent de plus en plus de l’homme. Ils n’ont plus peur de nous. »

« L’oiseau qui était autrefois persécuté est protégé depuis les années soixante-dix, souligne Stéphane Duchateau. Le rapace vit aussi trente ans. L’espèce a le temps d’adapter son comportement et de le transmettre à plusieurs générations », explique-t-il.

Un tiers de dommages ante mortem

Pour l’expert, les interventions des vautours sur les animaux vivants sont possibles mais la victime était alors dans un état d’affaiblissement. « Cela arrive lorsqu’une brebis se coince sur le dos ou s’entrave dans une clôture ou dans des filets par exemple, souligne-t-il. Ces « actes » « ante mortem » concernent un tiers des dommages que nous constatons. Les interventions des vautours sur des animaux morts représentent un tiers des constats que nous effectuons, sachant que dans un tiers des cas nous n’avons pas suffisamment d’éléments pour diagnostiquer les circonstances du dommage. Une brebis morte peut être consommée en moins de dix minutes si la curée rassemble plusieurs vautours. »

Dans sa plaquette sur le vautour fauve, l’Office français de la biodiversité indique que la morphologie du bec des vautours et de leurs serres (peu acérées et ne permettant pas la préhension) n’est pas adaptée à la mise à mort de proies vivantes. Dans certains cas, ils peuvent toutefois aggraver l’état, voire entraîner la mort d’animaux condamnés ou en situation de grande vulnérabilité.

Les besoins énergétiques du vautour sont évalués à 180 kg de viande par an, soit environ 500 g par jour. Il peut se nourrir de manière très irrégulière : « ingérer 1,5 kg en un seul repas mais aussi jeûner jusqu’à trois semaines quand aucun aliment n’est accessible », selon l’OFB.

> À lire aussi : Les éleveurs demandent des tirs de défense létaux contre les ours (13/07/2021)

Marie-France Malterre

(1) Conférence de presse de l’association des chambres d’agriculture des Pyrénées (Acap), la FRSEA Occitanie et Jeunes Agriculteurs des Pyrénées demandent, le 12 juillet 2021, pour une gestion ciblée sur les ours dangereux.