La peste porcine africaine (PPA), qui sévit en Chine depuis août 2018, « a conduit à un repli de la production porcine de 21 % en 2019 et aboutira en 2020 à une division par deux de la production totale de porc. La reprise de la croissance n’est pas attendue avant 2022 », prévoit Jan-Peter Vanferneij, économiste à l’Ifip (Institut français du porc) lors d’une conférence de l’Abcis le 23 juillet 2020.

Pour substituer rapidement les déficits en protéines animales, « le report s’est naturellement orienté vers la production de volailles, en raison de son court cycle de production », note Jonathan Hercule, chargé du projet sur l’économie et les prospectives à l’Itavi (Institut technique de l’aviculture). Pour répondre à la demande, l’empire du Milieu tente de restructurer sa filière avicole.

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Les foyers d’influenza aviaire restent une menace

En Chine, la volaille est la deuxième viande la plus consommée. « Avec un taux d’autosuffisance entre 96 % et 99 % depuis 2012, la Chine s’approvisionne majoritairement sur son marché intérieur pour la viande de volaille », rapporte Jonathan Hercule.

« Avec un prix du porc en très forte hausse faisant suite à l’arrivée de la PPA, la production de volaille a connu une expansion rapide en 2019 (+13 % en un an) », indique l’économiste. Les prix ont, quant à eux, progressé de 56 % pour le poussin et de 14 % pour le poulet vif par rapport à 2018.

Dans ce contexte, « de nombreuses entreprises ont vu l’occasion de relancer la production industrielle (de volailles) » mise à mal par une succession d’épidémies d’influenza aviaire entre 2013 et 2017. Mais cette transition se heurte à un défi de taille. « Sur les 19 millions d’exploitations recensées en 2018 dans l’annuaire statistique agricole chinois, l’immense majorité (98 %) est constituée de petites exploitations produisant moins de 2 000 volailles par an », fait savoir Jonathan Hercule. Cette large production « backyard », où la biosécurité est relativement faible, constitue un frein à l’augmentation de la capacité de production et à la structuration de la filière.

Un déficit en génétique aviaire

En parallèle, « la Chine, qui importe plus de 90 % de sa génétique aviaire en poulet blanc, fait face à un déficit d’approvisionnement depuis 2015 », consécutif au blocage des importations en provenance des États-Unis et de la France. Si l’annonce de la levée des restrictions commerciales à la fin de 2019 devait contribuer à favoriser les mises en place de volailles, l’arrivée du coronavirus a changé la donne.

« Selon l’USDA (ministère américain de l’Agriculture), la production chinoise de viande de poulet serait en baisse de 21 % au premier trimestre de 2020, rapporte l’expert de l’Itavi. Une reprise de la production avicole à hauteur de 5 % est annoncée en 2021, sous réserve d’une certaine stabilité du système sanitaire dans les années à venir. »

Les importations chinoises grimpent depuis deux ans

La Chine et Hong-Kong importent majoritairement des pattes, ailes et abats destinés à l’alimentation humaine. Depuis le dernier trimestre de 2018, les importations de viande de volaille affichent une nette hausse : +18 % entre 2018 et 2019. L’approvisionnement supplémentaire vient principalement du Brésil, de la Thaïlande, de l’Argentine et de la Russie. « L’Union européenne en a également profité, mais dans une moindre mesure (+15 000 t) », souligne Jonathan Hercule.

Malgré les perturbations de la chaîne logistique liées au coronavirus, les importations chinoises de viande de volaille restent en hausse de 26 % au premier semestre de 2020.

Si les perspectives à moyen terme sont prometteuses sur les marchés chinois, tant dans le secteur de la viande que dans celui de l’accouvage, la concurrence entre les différents exportateurs mondiaux est forte. En France, « la valorisation de l’ensemble de la carcasse constitue un déterminant de la compétitivité de la filière. La hausse prévue des importations chinoises pour les abats et les découpes avec os est une opportunité à saisir », explique Jonathan Hercule.

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Lucie Pouchard