Le confinement mis en place pour lutter contre l’épidémie de coronavirus ne semble pas avoir eu raison du dynamisme de la production française de lait de chèvre. Le boom des ventes de fromages en libre-service y est pour beaucoup. Du côté des producteurs fermiers, l’impact du Covid-19 est difficilement mesurable, mais le développement des drives et livraisons a augmenté la charge de travail dans les exploitations.

Un début d’année prometteur

D’après l’enquête mensuelle de FranceAgriMer, la collecte française de lait de chèvre est en progression de 6,4 % sur le premier quadrimestre de 2020. « La tendance devrait se poursuivre au vu des bonnes conditions climatiques », a souligné Maria Campos Herrada, économiste à l’Institut de l’élevage (Idele) lors d’un webinaire organisé le 18 juin 2020.

De 9 % en février, la croissance annuelle de la production s’est néanmoins tassée à 5 % en avril faisant suite notamment aux demandes de modération de la production, formulée par l’interprofession (Anicap). Pas de quoi « casser l’élan » de la filière pour Jacky Salingardes, président de l’Anicap.

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En parallèle, les importations reculent de 13 % en volume sur les quatre premiers mois de 2020. « C’est le niveau le plus bas depuis 2012, relève la spécialiste de l’Idele. On assiste à une renationalisation de la production. » Le lait français pèse désormais pour 90 % de l’approvisionnement des industriels. Sur la même période, les exportations ont baissé de 9 %, mais « devraient progressivement reprendre » avec la levée progressive de l’urgence sanitaire sur le vieux continent.

Maintien des fabrications…

Une fois le confinement commencé, « on a assisté à un changement de la structure des ventes », observe Maria Campos Herrada. Si les ventes de fromages en rayon de libre-service ont bondi d’environ 15 % sur la période de mars à avril en volume, leur valorisation moyenne a chuté de 1,7 %. De fait, le confinement a favorisé les produits vendus sous marque de distributeur (MDD) et les préemballés comme les bûchettes, au détriment des segments dits de « haut de gamme ».

Les reports de consommation, faisant suite à la fermeture partielle de la restauration collective et des marchés, ont permis de limiter la casse chez les industriels. Sur le premier quadrimestre, FranceAgriMer fait état d’un léger repli des fabrications de lait conditionné (–3 %) et d’une progression de celles de fromages (+1 %), notamment des bûchettes préemballées (+6 %). « Les stocks de produits de report sont aujourd’hui à un niveau similaire à celui de l’an dernier », rassure finalement Maria Campos Herrada. Pour les fromages fermiers et sous AOP, « la grande distribution n’a pas permis de compenser la perte de débouchés ».

… et du prix du lait

Dans ce contexte, le prix du lait payé au producteur garde le cap. D’après FranceAgriMer, le prix réel moyen s’élève à 730,8 €/1 000 litres entre janvier et avril 2020, soit 2,6 % de plus qu’en 2019. Le maintien des fabrications, l’absence de surstocks de produits de report ainsi que le bon déroulement des dernières négociations commerciales sur les marques nationales en sont des explications. L’Idele signale néanmoins que l’Ipampa lait de chèvre (indice du prix des moyens de production agricole) était en progression de 0,5 % sur le premier trimestre de 2020.

A. Courty