À Saint-Christophe-en-Brionnais (Saône-et-Loire), au marché aux bestiaux, l’ambiance a un peu changé depuis le confinement : des mesures barrières en plus et un peu de convivialité en moins. Le port du masque est obligatoire, et du gel hydroalcoolique est à disposition pour que chacun se lave les mains. Les deux marchés au cadran, celui des jeunes bovins et celui des autres bovins maigres sont rouverts depuis le 15 avril 2020.

Les mesures barrières sont rappelées aux vendeurs et aux acheteurs. ©M-A.Batut/GFA

Des acheteurs triés sur le volet

Pour obtenir l’autorisation de reprendre l’activité, il a fallu montrer pattes blanches à la sous-préfecture de Saône-et-Loire basée à Charolles. Depuis, les gendarmes viennent tous les mercredis pour vérifier que tout est en règle. La sous-préfète elle-même était présente le 15 avril 2020 trente minutes après l’ouverture.

« Nous avons dû présenter des plans, et dans un premier temps limiter le nombre d’acheteurs présents à 45 dans la salle », explique Pascal Pierre, directeur du marché. Le 11 mars 2020, avant le confinement, ils étaient tout de même 85 à faire des affaires, il a donc fallu les sélectionner. « Nous avons privilégié les plus gros acheteurs, mais ils se sont aussi organisés entre eux, certains venaient une heure et laissaient leur pupitre à leurs collègues pour la suite, d’autres prenaient les commandes pour d’autres acheteurs », raconte le directeur. Il se félicite qu’acheteur comme vendeurs aient fait confiance au marché,

Une salle des ventes désinfectées entre les marchés

Jusqu’au 5 mai 2020, les deux marchés fonctionnaient en alternance une semaine sur deux.

Depuis le 13 mai 2020, les deux marchés se déroulent tous les deux, chaque mercredi : un le matin, les jeunes bovins, un l’après-midi, les autres bovins maigres, comme avant le confinement. « Entre les deux marchés la salle des ventes est entièrement désinfectée », complète Pascal Pierre.

Le nombre d’acheteurs n’est plus limité, toutefois il ne doit y en avoir « qu’un seul par maison et ils doivent venir masqués, spécifie le directeur Pascal Pierre. Il a fallu être un peu ferme au début, mais ils ont compris que c’est à cette condition qu’ils pourraient être nombreux ils l’ont donc bien accepté ». À l’entrée, le port du masque est contrôlé, certains se font d’ailleurs gentiment rappeler à l’ordre.

Sur les cours, l’« effet Covid-19 » a été limitéJérémy, crieur au marché de Saint-Christophe-en-Brionnais

Le 20 mai 2020 au matin, ils étaient près de 45 dans la salle de vente à observer les animaux passer. Pour le marché de l’après-midi, le directeur en attend 80. Comme tous les mercredis, autour du ring, les lots s’enchaînent et la voix du crieur rythme les offres des acheteurs masqués

Pour le cadran des jeunes bovins, ce sont environ 500 animaux qui ont été présentés ce jour-là. « Un petit marché », commente le directeur. Jérémy, le crieur, qui officie dans trois marchés différents, l’explique en partie par la date, « nous sommes la veille du jeudi de l’ascension et c’est aussi férié en Italie, cela fait donc un jour en moins pour l’export ».

Dans sa cabine, le crieur est le seul a ne pas être masqué, difficile en effet de suivre le rythme avec un masque sur le nez. ©M-A.Batut/GFA

Depuis le début de la crise du Covid-19, ce « passionné des marchés », capable à la fois d’annoncer les prix, de répondre au téléphone, et de discuter, le tout, sans perdre le fil, a observé que les cours « faisaient un peu n’importe quoi ». « Les exportateurs ont un peu profité d’une menace de fermeture des frontières pour baisser un peu les prix, mais même avec l’Italie les exports ont continué », confie-t-il tout « criant » les offres d’un lot de jeunes charolais. Pascal Pierre note cependant qu’ils ne sont pas descendus trop bas et que l’effet « coronavirus » a été limité.

Des bouviers masqués

Dans les allées, les bouviers du marché, ramènent les bêtes dans les petits enclos numérotés des acheteurs. Les employés (seize équivalents temps plein), qui ont été en chômage partiel pendant près d’un mois, sont tous masqués et des hygiaphones ont été installés pour protéger ceux en contact avec éleveurs et acheteurs, pour la remise des décomptes par exemple.

Tous les employés du marché sont équipés de masques, même les bouviers qui déplacent les animaux les allées ©M-A.Batut/GFA

L’équipement des employés, les achats de gels, de masques, de gants, ont d’ailleurs freiné la réouverture du marché. « Nous avons eu du mal à nous fournir au départ, explique Pascal Pierre. Heureusement, la communauté de communes et la commune nous ont bien dépannés. Maintenant, tout est disponible ».

Sans les touristes, l’économie du village est l’arrêtJean-François Peguet, maire de Saint-Christophe-en-Brionnais

Les visiteurs non professionnels ont aussi été chassés du marché. On y perd en effervescence mais on y gagne en calme et en concentration pour les acheteurs dans la salle des ventes. Toutefois, pour Jean-François Peguet, maire de Saint-Christophe-en-Brionnais et président du conseil d’administration du marché, les acteurs du tourisme payent un lourd tribut et « l’économie de village est à l’arrêt ».

Dans la région, le marché de Saint-Christophe-en-Brionnais est une véritable institution et il attire de nombreux touristes ©M-A.Batut/GFA

Le marché attire son lot de curieux, d’autant plus que des visites guidées sont proposées par l’office de tourisme, une activité qui ne semble pas prête à reprendre. « Nous sommes en zone rouge », se désole le maire.

Un petit stand de vente à emporter est autorisé

Les restaurateurs du village, eux aussi fermés, accusent le coup. Le mercredi est habituellement leur plus grosse journée. Autour du marché, les cabanes qui proposent d’habitude du café et des dégustations de viande, gardent également leurs volets en bois clos, « même nos distributeurs de boissons chaudes sont inactifs », regrette le maire. « Avec un café c’est toujours un peu plus convivial, mais, depuis le premier jour, l’ambiance reste tout de même détendue dans le marché », juge Pascal Pierre.

En raison des mesures sanitaires il n’est pas possible de faire déguster de la viande©M-A.Batut/GFA

La préfecture a tout de même autorisé la mise en place d’un petit stand de vente à emporter, il propose des sandwichs et des boissons. « Pour ceux qui arrivent dès 3-4 heures du matin c’est essentiel », commente le directeur du marché. Il est tenu par un restaurateur du bourg. Véritable attraction, le marché traditionnel, au gré à gré, n’a pas encore repris. Il voit habituellement passer environ 200 bêtes tous les mercredis midi. Il devrait rouvrir ses portes le 27 mai 2020.

Marie-Astrid Batut