« La hausse importante des charges (poudre de lait, énergie) et la non-prise en compte des coûts de production mettent les engraisseurs de chevreaux au pied du mur, et avec eux, l’avenir de toute la filière », s’inquiètent la Confédération paysanne et la Fédération nationale des engraisseurs de chevreaux (Fnenc), dans un communiqué commun diffusé le 13 janvier 2022.

Les deux acteurs dénoncent « le fonctionnement actuel de l’interprofession, où les blocages politiques ne permettent pas d’avancer ». La mise en place d’une gouvernance tournante, entre les différents maillons de la filière, au sein de la section caprine d’Interbev serait un premier pas apprécié.

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Cadrer les négociations

Afin de cadrer les négociations commerciales et viabiliser les ateliers d’engraissement, la mise en place d’un tableau de bord d’indicateurs de marché reste sollicitée. « Il est notamment question d’un prix plancher — ou prix de reconnaissance — du chevreau naissant et des coûts de production des engraisseurs », note Étienne Heulin, de la Confédération paysanne.

Est également évoqué « un indicateur de variabilité », prenant en considération « l’afflux de chevreaux supplémentaires lié à l’évolution de la collecte laitière », relève-t-il. « En aucun cas le prix du chevreau naissant ne doit être la variable d’ajustement et la seule source de rémunération des engraisseurs », résume le communiqué.

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Un maillon indispensable

Pour débloquer la situation, Étienne Heulin juge également nécessaire d’améliorer le dialogue entre les interprofessions du lait et de la viande. « Lorsque les laiteries lancent une politique de développement de leur collecte, elles devraient en analyser systématiquement les conséquences sur la filière des chevreaux et prendre part aux réflexions, indique-t-il à La France Agricole. D’autant plus qu’elles détiennent une des clés de la rémunération des engraisseurs, à travers le prix de la poudre de lait. »

Si rien n’est fait pour « sauvegarder » le maillon des engraisseurs, « le moindre départ non renouvelé peut faire exploser la filière, souligne Étienne Heulin. Et le développement de la filière chevreaux lourds ne résoudra pas tout, à court terme. »

Agir pour une montée en gamme

« Trouver des solutions durables à une sortie de crise est nécessaire pour éviter l’impasse de solutions d’urgence, néanmoins indispensables, poursuit le spécialiste. Dans un contexte d’évolution atone de la consommation de viande, l’acceptation sociale des consommateurs passe par une confiance renforcée. »

C’est dans cet esprit que se sont créées des initiatives comme « Cabri d’Ici » dans les Pays de Loire, ou celle d’un label rouge dans la Drôme. Elles proposent de décaler la vente du chevreau en le valorisant plus âgé, plus lourd, et dans une gamme supérieure.

« Ces projets doivent être considérés et soutenus, dans un plan national stratégique, car ils engagent durablement tous les acteurs de la filière : éleveurs, abattoirs locaux, outils de transformation, et enfin commerces de bouche », explique Étienne Heulin.

Alexandra Courty