L’absence de débouchés de la viande porcine, notamment en Allemagne et dans les autres pays du nord de l’Europe, tire les cours du porc vers le bas, relève Agreste (1) dans une note de conjoncture du 21 décembre 2020. En cause également, le deuxième confinement de nombreux Européens qui restreint le marché du porc. Ce dernier est à nouveau privé des débouchés des restaurations commerciale et collective.

En novembre 2020, les cours du porc français baissent, impactés par une crise des débouchés de la viande porcine. © RNM — FranceAgriMer — Eurostat

La peste porcine africaine et le Covid-19 secouent le marché du porc

En novembre 2020, les cours du porc perdent 6 centimes (cts) d’euros par kg sur un mois, s’établissant à 1,49 €/kg en moyenne. L’écart s’accroît avec la référence de novembre 2019, exceptionnellement élevée (37 centimes d’euro par kg d’écart).

Après avoir bien résisté en octobre, sauf en Allemagne, les cours nord-européens se dégradent, sous l’effet de l’afflux des viandes porcines allemandes et danoises privées de leur débouché vers la Chine. La peste porcine africaine ayant atteint l’Allemagne et des clusters de Covid-19 ayant été détectés dans des abattoirs danois.

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La concurrence s’accroît ainsi sur le marché européen. Le deuxième confinement de nombreux Européens aggrave également la situation, privant certaines pièces des débouchés des restaurations hors domicile.

L’attractivité du marché chinois et la forte compétitivité des pays américains accentuent la pression sur les prix mondiaux.

Au 10 décembre 2020, le cours hebdomadaire du porc français s’établit à 1,39 centime d’euro par kg, perdant 12 centimes d’euro par kg sur 4 semaines.

Recul des abattages en volume et en têtes

En novembre 2020, l’activité d’abattage de porcs charcutiers ralentit sur un an, à la fois en poids et en effectif, après une période dynamique de cinq mois.

En novembre 2020, les abattages CVJA de porcins reculent sur un an : –2,5 % en tec et –2,8 % en têtes. Comparés à la moyenne sur cinq ans, ils sont en retrait de 1,4 % en volume, le poids moyen plus élevé des carcasses (+600 g) ne compensant pas la baisse des effectifs de porcs charcutiers (–2,6 %).

En novembre 2020, l’activité d’abattage de porcs charcutiers ralentit sur un an, à la fois en poids et en effectif. © Agreste — RNM — FranceAgriMer

Ralentissement des échanges dès octobre 2020

En octobre 2020, la production porcine française progresse en poids sur un an (+1,8 %). Elle est supérieure de 3,2 % à la moyenne sur cinq ans.

En octobre 2020, toujours, les exportations de viande et graisse porcine reculent sur un an, –8,6 %, soit –5,2 ktec (milliers de tonnes-équivalent carcasse), s’établissant à un niveau proche de la moyenne des cinq dernières années (+0,9 %). Le recul est particulièrement fort sur le marché communautaire, –24 %, soit –8,2 ktec,, notamment vers l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique.

En parallèle, l’offre augmente sur le marché européen, le marché chinois étant fermé à l’Allemagne en raison de la suspension d’agréments à l’exportation liée à la peste porcine africaine.

Atteignant 16,4 ktec, la demande chinoise de viande française continue de progresser (+23 % sur un an, soit +3,1 ktec), dépassant le pic de septembre 2020. Les ventes d’abats vers la Chine progressent, quant à elles, de 1,4 % sur un an, atteignant 6,7 ktec.

Contrairement à septembre, la forte demande chinoise ne compense pas le recul des exportations vers l’Union européenne et vers d’autres destinations asiatiques, notamment les Philippines (–27 %) et le Japon (–55 %).

En parallèle, les importations de viande porcine reculent (–12 %, soit –6,2 ktec), relevant pour moitié de la baisse des achats à l’Espagne (–13,4 %) et à l’Italie (–16 %). Malgré l’offre disponible croissante dans le nord de l’Europe, les importations françaises se replient sur un an en provenance de Belgique (–23 %) et sont quasi stables en provenance de l’Allemagne, des Pays-Bas et du Danemark.

En octobre, les échanges de viande porcine ralentissent fortement avec les partenaires européens. © Agreste — DGDDI

La consommation de viande porcine se maintient

Par conséquent, l’excédent commercial des viandes porcines s’accroît en volume sur un an, s’établissant à 10,5 ktec (28,8 ktec vers les pays tiers). En valeur, le déficit se réduit fortement sur un an (–6 M€, contre –14,4 M€ en octobre 2019).

En octobre, comme en septembre, la consommation apparente de viande porcine est à un niveau proche de la moyenne sur cinq ans (–0,2 %). Elle augmente de 1,5 % sur un an. Les achats de viande de porc et de charcuterie pour la consommation à domicile progressent fortement sur un an (respectivement +12,7 % et environ 10 % sur un an, selon Kantar Worldpanel).

En octobre 2020, le prix de l’aliment pour porcins reste soutenu, en hausse de 2,6 % sur un an et supérieur à la moyenne sur cinq ans (+4,7 %).

Oriane Dieulot

(1) Agreste : service de la statistique du ministère de l’Agriculture.