Bouleversement des canaux de distribution, renationalisation de la consommation, ralentissement des abattages et baisse des prix… Les témoignages d’opérateurs italiens et espagnols laissent entrevoir les conséquences concrètes de la crise du Covid-19 dans leurs pays, qui sont aussi nos deux principaux clients à l’exportation.

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Les petits élevages et abattoirs italiens en péril

En Italie aussi, la fermeture de la restauration hors domicile (RHD) durant le confinement a engendré une baisse de la consommation des pièces nobles. « Entre février et avril 2020, les ventes de déhanchées ont chuté de 38 % en valeur. Leur prix au kg est passé de 8 € à 5 €/kg », rapporte Daniele Bonfante, responsable au sein de la coopérative Azove, en Vénétie.

« Les achats pour les burgers ont quant à eux augmenté, là encore au détriment des pièces traditionnelles destinées aux supermarchés, notamment en race charolaise », poursuit l’opérateur italien. Les peaux et les abats connaissent aussi des difficultés en matière de valorisation.

À moyen terme, la baisse du pouvoir d’achat des familles pourrait causer une baisse de la consommation de viande bovine, et favoriser les viandes d’importation aux prix plus compétitifs. Le passage du coronavirus vient également fragiliser les petits abattoirs. De la même façon, les élevages les moins compétitifs et moins intégrés dans la filière pourraient disparaître », déplore Daniele Bonfante.

L’activité d’engraissement baisse de 10 % en Espagne

« En Espagne, les engraisseurs ont freiné de 10 % les entrées des bovins durant le confinement, indique Matilde Moro, directrice d’Asoprovac, l’association des producteurs espagnols de viande bovine. Ils expriment des craintes fortes quant à l’évolution économique du pays. La consommation de viande bovine a été très impactée, à la suite de la fermeture de la restauration et de l’arrêt du tourisme. L’activité d’abattage a baissé d’environ 10 % sur la période [de confinement à cause] du Covid-19 tandis que les prix, sur les catégories U, R et O, ont chuté de 5 %. »

Néanmoins, depuis 2019, l’Espagne gagne du terrain dans l’exportation de viande, en Europe et ailleurs. Entre 2018 et 2019, les envois espagnols de viande fraîche et congelée au sein de l’Union européenne ont progressé de 12 % en volume. Ceux hors Union européenne ont augmenté de 26 % sur la même période.

« Les exportations de viande espagnole tendent à se développer en Algérie, en Indonésie, au Canada ou encore au Vietnam, renseigne Matilde Moro. Malgré le Covid-19, les exportations de viande espagnole vers les pays tiers ont augmenté de 35 % entre janvier et avril 2020 par rapport à l’année précédente. »

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Lucie Pouchard