À l’agenda de la grande conférence climatique ce mardi 2 novembre 2021 figure un accord visant à réduire les émissions de méthane de 30 % d’ici à 2030. Plus de 80 pays, dont l’Union européenne et les États-Unis, se sont engagés, a annoncé la présidente de la Commission européenne. Selon un responsable américain interrogé par l’AFP, ces pays représentent deux tiers de l’économie mondiale, dont « la moitié des 30 principaux émetteurs de méthane ».

« Le méthane est l’un des gaz que nous pouvons réduire le plus vite » et le réduire « ralentirait immédiatement le réchauffement », a souligné Ursula von der Leyen, rappelant que ce gaz est responsable d’« environ 30 % » du réchauffement de la planète depuis la Révolution industrielle.

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Des mesures de réduction « déjà disponibles »

Le méthane, émis par l’agriculture et l’élevage, les combustibles fossiles et les déchets, est le deuxième gaz à effet de serre lié à l’activité humaine après le dioxyde de carbone (CO2). Son effet de réchauffement est environ 29 fois plus important par kilogramme que celui du CO2 sur un horizon de cent ans, et environ 82 fois sur une période de 20 ans.

Avec des « mesures techniques ciblées déjà disponibles », ces émissions pourraient être réduites de 30 % d’ici à 2030, dont 20 % à faible coût, selon le rapport. Et 15 % supplémentaires pourraient venir d’autres mesures comme le passage aux énergies renouvelables et des modifications des régimes alimentaires.

Au total, une telle réduction de 45 % du méthane d’origine humaine au cours de cette décennie permettrait de maintenir le réchauffement en dessous de +2°C, comme visé par l’accord de Paris, selon un autre rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et de la Coalition pour le climat et la qualité de l’air (CCAC).

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16,5 milliards d’euros pour préserver les forêts

Les dirigeants de plus de cent pays, abritant 85 % des forêts mondiales, dont la forêt boréale du Canada, la forêt amazonienne au Brésil ou encore la forêt tropicale du bassin du Congo, ont également pris l’engagement de préserver les forêts pour sauver le climat. Parmi les signataires figurent la Chine, la Russie, la France, l’Australie ou les États-Unis.

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L’initiative, qui bénéficiera d’un financement public et privé de 19,2 milliards de dollars (16,5 milliards d’euros) sur plusieurs années, est essentielle pour parvenir à l’objectif de limiter le réchauffement climatique à +1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, selon le Premier ministre britannique Boris Johnson, hôte de l’événement.

Actuellement, près d’un quart (23 %) des émissions mondiales de gaz à effet de serre provient d’activités comme l’agriculture ou l’industrie forestière.

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27 terrains de foot chaque minute

Les forêts reculent actuellement au « rythme alarmant » de 27 terrains de football chaque minute, selon la présidence britannique de la Cop 26. Et d’après l’ONG Global Forest Watch, la déforestation dans le monde a accéléré ces dernières années : la destruction de forêts primaires était en hausse de 12 % en 2020 par rapport à l’année précédente.

Mais pour des ONG comme Greenpeace, l’objectif de 2030 mis en exergue mardi reste beaucoup trop lointain et donne le feu vert à « une décennie supplémentaire de déforestation ». Global Witness a dit craindre de voir se répéter « les échecs de précédents engagements » similaires, en raison d’un financement insuffisant et d’un suivi incertain de la parole donnée.

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Des objectifs ambitieux au Brésil

Le gouvernement brésilien, critiqué pour sa politique environnementale, a annoncé lundi 1er novembre des objectifs plus ambitieux pour réduire les émissions de CO2 — 50 % de moins d’ici à 2030 au lieu de 43 %, et la neutralité carbone en 2050 — et de lutte contre la déforestation.

Mais depuis le début du mandat du président d’extrême-droite Jair Bolsonaro en 2019, l’Amazonie brésilienne a perdu 10 000 km² de forêt par an, contre 6 500 km² par an lors de la précédente décennie. Pays voisin, la Colombie a décidé de ne pas attendre 2030 et de protéger 30 % de son territoire dès 2022, a indiqué mardi son président Ivan Duque.

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Raphaëlle Borget, avec l’AFP