Si les coopératives laitières ont su se mobiliser pour assurer la collecte et répondre à la demande en produits de grande consommation (PGC) pendant la crise, de fortes incertitudes pèsent aujourd’hui sur l’évolution du marché post-Covid et donc sur le prix payé aux producteurs. La Coopération laitière (ex-FNCL) a fait le point sur la situation à l’occasion de sa conférence de presse de rentrée, le 3 septembre 2020 à Paris.

Zone de flou

La première inconnue concerne la reprise d’activité de la restauration hors foyer (RHF), « un débouché très important qui représente 32 % du chiffre d’affaires des coopératives françaises et qui concerne non seulement le marché intérieur, mais aussi l’exportation à travers de produits comme la mozzarella, le beurre ou la crème », a rappelé Damien Lacombe, président de la Coopération laitière. Sur ce débouché, tous produits confondus, les pertes estimées à 9,9 tonnes par semaine de confinement ne sont que partiellement compensées sur le marché intérieur via les ventes en grandes et moyennes surfaces (GMS).

L’incertitude concerne également le marché des AOP fromagères, très perturbé par le confinement avec des arrêts de collecte dans seize filières d’appellation, et l’évolution du débouché à l’exportation, indispensable à l’équilibre économique des coopératives (23 % du chiffre d’affaires total).

« Le programme du Cniel de réduction volontaire des volumes et l’activation des mesures d’aide au stockage privé (peu utilisé en France) ont permis de limiter la spirale déflationniste et donc le prix payé aux adhérents. Il faut s’attendre à une légère dégradation du prix du lait, de quelques euros, par rapport à la campagne précédente. »

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Miser sur le plan de relance

Les mois qui viennent s’annoncent décisifs pour réenclencher la stratégie de recherche de valeur initiée par la coopération. Deux leviers prioritaires sont clairement identifiés pour y parvenir : le plan de relance économique et de soutien à l’investissement et le respect de la loi EGA dans le cadre des négociations commerciales à venir.

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L’enveloppe de trois milliards d’euros prévue dans le plan de relance afin de sécuriser les fonds propres des entreprises est perçue comme un levier majeur pour aider les coopératives à continuer d’investir. L’ensemble de la coopération française évalue les besoins à un milliard d’euros. Une attente d’autant plus forte que les coopératives laitières n’ont que très peu sollicité les prêts garantis d’État (PGE) malgré les surcoûts de production générés par les mesures sanitaires, pour se donner le droit de pouvoir distribuer d’éventuels dividendes à leurs adhérents. « Entre 2014 et 2018, les coopératives laitières ont investi 1,26 milliard d’euros pour renforcer leur compétitivité et créer de la valeur aussi bien sur le marché intérieur qu’à l’exportation. »

Négociations commerciales décisives

Second levier évoqué, le respect de la loi Egalim qui doit être un garde-fou permettant d’obtenir une revalorisation conséquente du prix de vente des PGC sur le marché français lors des prochaines négociations commerciales avec la grande distribution. Dans ce domaine, la filière laitière s’était fixée l’objectif d’une revalorisation de 10 % sur 3 ans (2019 à 2021). Or, elle n’a obtenu que 3 %, essentiellement sur les marques nationales, lors des deux premières années suivant l’entrée en vigueur de la loi. Ce chiffre varie selon les enseignes, certaines jouent le jeu des hausses de tarif. Pour autant, Damien Lacombe se refuse à pointer les mauvais élèves de la GMS. « Un travail important reste à faire sur la revalorisation des marques de distributeurs (MDD), qui représentent deux tiers des PGC dans les coopératives », ajoute le représentant.

Même si le contexte de 2020 est particulier à de nombreux égards, il n’est pas question de faire une « année blanche » : « Il s’agit d’une négociation décisive, appuie Damien Lacombe. Cette revalorisation tarifaire est une absolue nécessitée pour la filière du lait en vue de compenser la baisse de prix du lait sur les marchés internationaux. » La valorisation sur le marché français apparaît comme une priorité pour répondre à une inquiétude majeure de la filière : la disparition de 7 % des points de collecte en 2018 qui concerne tous les bassins de production et traduit un malaise social lié à l’attractivité du métier auprès des jeunes.

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Jérôme Pezon, L’Éleveur laitier