Alors que le virus de la grippe aviaire continue de se propager, la Confédération paysanne et le Modef alertent sur les impacts de la gestion de cette crise, mais aussi sur le besoin de réorganisation de la filière qu’ils attendent depuis longtemps, ont-ils fait savoir lors d’une conférence de presse à Doazit (Landes), au cœur de la Chalosse, le 5 janvier 2021.

À ce jour, plus de 200 000 canards ont déjà été abattus en France dans les élevages, et environ 400 000 sont en passe de l’être, selon les informations du ministère de l’Agriculture. 100 000 d’entre eux ont été abattus à l’intérieur des foyers de contamination identifiés, tandis que 104 000 ont fait l’objet d’abattages préventifs autour de ces foyers, a indiqué le chef des services vétérinaires et directeur général adjoint de l’alimentation, Loïc Evain.

« L’Administration est débordée »

« De multiples témoignages nous montrent clairement que l’Administration est débordée », estiment les deux syndicats. « On nous impose l’abattage préventif et, à côté, on met cinq ou six jours pour détruire un foyer », dénonce Maryline Beyris, éleveuse de canards et vice-présidente du Modef 40. Elle regrette que les stratégies de lutte aient été mises en place par l’interprofession et les autorités sans que le Modef 40 n’ait été consulté alors qu’il fait partie du conseil d’administration de l’interprofession.

L’éleveuse réclame également du respect pour les producteurs indépendants. Il est prévu que la chambre d’agriculture des Landes contacte les producteurs concernés par les abattages préventifs. Mais selon Maryline Beyris, la situation est tout autre. « J’ai été appelée une première fois il y a plus de quinze jours pour rentrer mes canards, témoigne-t-elle. Puis j’ai simplement reçu un SMS le jeudi 31 décembre du transporteur pour m’annoncer sa venue le samedi ».

Les canards de Maryline Beyris ont été abattus par mesure de prévention. © Raphaëlle Borget

Des erreurs qui coûtent cher

« Il est clair que les leçons n’ont pas été tirées des deux premiers épisodes d’influenza aviaire dans la prévention et la gestion de cette troisième crise », déplorent le Modef et la Confédération paysanne. Les syndicats citent notamment des engagements qui avaient été pris par tous les acteurs de la filière, « comme la relocalisation pour limiter les transports » qui n’ont pas été tenus.

Ils accusent également les « immenses bâtiments [construits] pour produire de gros volumes », malgré les densités de canards déjà importantes dans la région. Cela représente des « bombes biologiques en cas de crise sanitaire », alertent-ils.

Les syndicats maintiennent leurs demandes

Dans une lettre ouverte adressée aux directions de la protection des populations (DDPP) et aux directions de la cohésion sociale (DDCSPP) des départements du Sud-Ouest, les deux organisations maintiennent leurs demandes. L’arrêt des abattages préventifs est notamment cité, puisqu’il représente « un coût économique et financier faramineux ».

Un cri de colère contre « nos dirigeants »

L’organisation « Les Canards en colère », créée lors de la crise sanitaire de 2016, a elle aussi vivement critiqué la gestion de cette crise dans un post sur Facebook du 5 janvier 2021. Ce collectif dénonce la claustration forcée « au mépris des labels bio et de plein air », qui n'a pas porté ses fruits dans la lutte contre l’épidémie, opinion partagée par les deux syndicats.

« Après avoir mis sur la paille les éleveurs à coup de dizaines de milliers d’euros d’investissements pour des normes qui visiblement ne servent à rien, le coup de grâce est porté directement par nos dirigeants en refusant la vaccination », rajoute l'association. « Nous avons un vaccin 100 % efficace mais interdit au nom de l’exportation. De toute façon, il n’y aura bientôt plus rien à exporter », conlut-elle.

> À lire aussi : Virus H5N8, « L’État doit accompagner les éleveurs touchés par la grippe aviaire (05/01/2021)

Raphaëlle Borget, avec l'AFP