Les groupes Cooperl, Agromousquetaires et Fleury Michon vont faire appel au jugement rendu le 16 juillet 2020 par l’autorité de la concurrence dans le cadre de l’affaire du

« cartel du jambon ». Les trois sociétés sont les plus fortement sanctionnées, avec des amendes s’élevant à 35,5 millions d’euros pour Cooperl, 31,7 millions pour Agromousquetaires et 14,7 millions pour Fleury Michon.

Au total, 12 industriels charcutiers-salaisonniers (1) sont condamnés pour s’être concertés dans le but de faire baisser le prix d’achat de leurs matières premières auprès des abatteurs, et pour s’être entendus sur les hausses de prix de leurs produits charcutiers auprès de la grande distribution.

Une réaction immédiate

Cooperl a vivement réagi à travers un communiqué de presse diffusé le 16 juillet 2020, affirmant que la sanction avait été prononcée « sur la base d’éléments aussi faux que calomnieux qui ont été créés de toutes pièces par un groupe concurrent ». Ils accusent la société Campofrio d’avoir dénoncé « de prétendues pratiques anticoncurrentielles ». Ce dernier a bénéficié d’une peine allégée après avoir sollicité la « procédure clémence (2) » en coopérant avec l’autorité.

Pour Cooperl, l’autorité de la concurrence a été manipulée et n’a pas entendu les arguments de la coopérative. Elle a annoncé qu’elle ferait appel et qu’elle avait d’ores et déjà porté plainte contre les accusateurs « pour faux, usage de faux, dénonciation calomnieuse et escroquerie au jugement ».

La société Fleury Michon a également annoncé qu’elle ferait appel. Elle a signalé qu’elle n’était pas concernée par « les griefs pour entente sur les prix de vente de produits [charcutiers] ». Elle conteste les accusations relatives aux ententes sur les prix d’achat des matières premières aux abattoirs. Le groupe déplore par ailleurs l’ampleur de la sanction pécuniaire qui « frappe un secteur fragilisé ». L’autorité de la concurrence avait pourtant signalé avoir pris en compte cet élément dans sa décision.

Le pôle agro-industriel des Mousquetaires a simplement signalé que ses filiales concernées réfutaient et contestaient « les griefs qui leur sont reprochés. Celles-ci formeront un recours en annulation devant la cour d’appel de Paris ».

La FDSEA et les JA du Finistère unissent leur voix

La FDSEA et les JA du Finistère ont diffusé ce 17 juillet 2020 un communiqué commun dans lequel ils exposent leurs inquiétudes quant aux répercussions de cette sanction sur les éleveurs. Ils y dénoncent aussi l’oppression du « cartel de la grande distribution » et de « la concurrence déloyale des importations, cautionnées et entretenues par l’État. Cette « pression intenable [pourrait avoir poussé à la faute] des acteurs majeurs des filières ».

Pour ces deux syndicats, « il est urgent que l’ensemble des éleveurs bretons exigent de la part de leurs OP (organisation de producteurs) une contribution forte et positive à la mise en place d’une AOP ». Une telle structure serait, selon eux, l’unique moyen de garantir aux producteurs des prix à la hauteur de la valeur de leurs marchandises.

R.B.

(1) Cooperl Arc Atlantique (35 530 000 €), Les Mousquetaires (31 750 000 €), Fleury Michon (14 761 000 €), Coop (6 009 000 €), Savencia (2 257 000 €), Campofrio (1 000 000 €), Aubret (750 000 €), Sonical (350 000 €), La Financière du Haut Pays (330 000 €), CA Animation (203 000 €), Nestlé (96 000 €), Salaisons du Mâconnais (1 000 €)

(2) « La procédure de clémence permet aux entreprises ayant participé à une entente d’en dévoiler l’existence à l’Autorité et d’obtenir, sous certaines conditions, le bénéfice d’une exonération totale ou partielle de sanction pécuniaire ».