Les systèmes de productions animales dans l’Union européenne (UE) cachent une hétérogénéité forte, aussi bien dans les performances économiques qu’environnementales. Les États membres ne bénéficient pas toujours de la meilleure compétitivité sur le seul vecteur “prix” (1) à l’échelle internationale. Mais le développement de stratégies “hors coût”, misant sur la qualité et la différenciation (2), peut concourir à séduire les consommateurs européens et gagner quelques petites parts de marché à l’exportation.

« Les normes sanitaires européennes constituent un élément fort de la “compétitivité hors coût” (2) des productions communautaires sur les marchés mondiaux Il s’agit néanmoins d’évaluer le surcoût technique que la différenciation induit », nuance Vincent Chatellier, ingénieur de recherche à l’Inrae.

Quelle place occupe l’élevage européen dans le monde ?

La balance commerciale de l’UE, en productions animales, est largement positive et atteint 33,7 milliards d’euros en 2019, contre 28 milliards en 2018. En effet, les exportations de l’UE à 28 sont en constante augmentation – estimées à 42 milliards en 2019 – alors que les importations restent stables depuis 2016.

Mais derrière cette balance commerciale, « tous les États membres ne sont pas logés à la même enseigne ». Les Pays-Bas se situent au premier rang, avec 13,7 milliards d’euros d’excédent commercial en 2019, tandis que la France, pourtant grand pays d’élevage, occupe la septième place de ce classement (4,2 milliards d’euros d’excédents). Le Royaume-Uni et l’Italie sont en dernière position.

Le cas de la France

« La balance commerciale de la France est certes positive mais stagne dans le temps. Le commerce du pays se heurte à un double mouvement : le solde commercial avec les autres pays de l’UE s’est fortement dégradé alors qu’il s’est nettement amélioré avec les pays tiers, surtout avec la Chine », informe le chercheur de l’Inrae.

En détaillant par filières, « le seul secteur qui a décollé à l’exportation (hors UE) est celui du lait, tandis que les autres productions sont restées à des niveaux plutôt stationnaires entre 2000 et 2019 ». « La France s’est en quelque sorte endormie et ne s’est pas réveillée », estime Jean-Louis Peyraud, directeur scientifique adjoint à l’agriculture à l’Inrae.

Un besoin d’éclairage supplémentaire

« La compétitivité hors coût des filières agricoles françaises est une facette qui mérite d’être approfondie pour renforcer notre marché intérieur et gagner davantage de parts à l’exportation, sans évincer le vecteur prix », réagit Jean-Louis Peyraud. « La recherche de la compétitivité coût et celle de la compétitivité hors coût ne sont pas toujours compatibles, mais elles doivent être obligatoirement combinées, complète Vincent Chatellier. Les économies de taille et de gamme ainsi que les effets d’agglomération dans les filières animales sont des volets à éclaircir dans des travaux futurs. »

« Doit-on faire le choix d’une ultrasegmentation ou alors faut-il revenir à une logique de standardisation à la hollandaise pour conquérir les marchés ? », interroge l’expert en guise de conclusion. Parmi les enjeux majeurs figure le positionnement de l’Europe et de la France vis-à-vis du géant chinois.

Lucie Pouchard

(1) La « compétitivité coût » fait référence à la capacité d’une entreprise (ou d’un pays) à conserver ou à augmenter ses parts de marché, et ce malgré la concurrence.

(2) La « compétitivité hors coût » renvoie, d’une part, aux exigences de qualité, principalement sanitaire, et, d’autre part, à la différenciation des produits.