Deux sons de cloche. « D’un côté, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) nous dit que 86 % de la ration des animaux d’élevage n’est pas consommable par l’homme, relate Benoît Rouillé, de l’Institut de l’élevage (Idele), lors d’une conférence organisée le 22 octobre 2021 par l’interprofession laitière (Cniel) sur le thème de la durabilité des systèmes alimentaires. De l’autre, L214 pointe du doigt le fait que 3 à 10 kg de végétaux sont nécessaires pour produire 1 kg de viande. »

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Une compétition supposée

Le projet Eradal, piloté par l’Idele, s’est justement intéressé à cette compétition supposée entre alimentation humaine et alimentation des ruminants laitiers. « Demain, les productions animales seront socialement acceptables si elles sont rémunératrices, respectueuses du bien-être animal et de l’environnement, légitimes dans l’occupation et l’entretien du territoire mais également efficientes dans l’utilisation des surfaces », souligne l’expert.

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Équation complexe

Si on s’intéresse uniquement à l’efficience protéique brute d’un élevage laitier français, le résultat peut en effet laisser perplexe. « Les vaches, les brebis et les chèvres laitières consomment de 5 à 7,8 kg de protéines végétales pour produire 1 kg de protéines animales, lait ou viande », indique Benoît Rouillé.

Mais il ne faut pas en tirer de conclusions hâtives. L’efficience protéique nette retire de l’équation les protéines végétales qui ne sont de toute manière pas valorisables directement par l’homme (herbe, pulpe de betterave…). En suivant cette approche, les productions laitières ressortent vertueuses.

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Dans le cas de la vache laitière, « il faut 500 g de protéines végétales également consommables par l’homme pour produire 1 kg de protéines animales. On multiplie par 2 la quantité de protéines disponibles », souligne Benoît Rouillé.

En ce qui concerne l’efficience nette de l’énergie, « les ruminants laitiers sont en moyenne consommateurs nets d’énergie », soulève-t-il. Le ratio est à l’équilibre pour les vaches laitières : 1 kcal végétale consommable par l’homme pour produire 1 kcal animale.

D’ici à la fin de l’année, l’Idele compte mettre en place un outil en libre accès, sur son site internet, permettant aux éleveurs d’évaluer et d’améliorer leur efficience nette.

Un monde sans élevage

Subsiste aussi l’idée de convertir les terres arables utilisées pour l’alimentation animale en parcelles réservées à l’alimentation humaine, soit une surface de 8,2 millions d’hectares en France. Des travaux restent à mener, mais le rapport entre les quantités de protéines végétales potentiellement produites et les quantités de protéines animales actuellement produites dépend des systèmes d’élevage. En montagne, la balance penche logiquement en faveur de l’élevage.

Au-delà de ces considérations, l’arrêt de l’élevage, souhaité par certains, pose de multiples questions. « Comment se passer de la fertilisation organique des sols ? Quelles rotations adopter pour assurer une alimentation 100 % végétale saine et variée ? Que faire des coproduits générés par l’industrie agroalimentaire ? », liste notamment Benoît Rouillé.

Qui plus est, sur le volet nutritionnel, « les protéines laitières couvrent l’ensemble des besoins de l’Homme en acides aminés indispensables, complète Didier Rémond, de l’Inrae. Elles sont également source de composés bioactifs, de vitamines et de minéraux. En comparaison aux protéines végétales, une moindre quantité est nécessaire pour satisfaire ses besoins nutritionnels. » Les produits laitiers sont tout particulièrement indiqués pour préserver la santé osseuse et prévenir la fonte musculaire (sarcopénie).

Alexandra Courty