C’est Alain qui y a pensé le premier. Éleveur depuis 1989, il est associé avec Michel au sein du Gaec de la Claie à Saint-Fraimbault dans l’Orne. Et la retraite approchant, ces deux éleveurs ont voulu faciliter l’installation de Lucien et Adrien, les fils de Michel, à leurs côtés. « On voulait mettre en place de la diversification, sans faire trop d’investissement », souligne Alain.

C’est à l’été 2017, qu’il a une grande idée. « J’ai vu dans une émission de la cuisine au foin. Or, nous avons du foin de grande qualité. Alors pourquoi ne pas développer cette activité ? ». Les éleveurs se sont immédiatement creusé les méninges pour trouver un packaging et une étiquette adaptée. Et ils commercialisent désormais leur foin par paquet de 300 grammes, à 7,90 € pièce.

Des étoilés conquis

Dans les sachets préparés à la ferme, et vendus sur internet ou dans les boutiques, on retrouve les coupes les plus jeunes. Mais c’est sans doute le séchage en grange, en place depuis 2009 au Gaec, qui a permis aux agriculteurs de se lancer aussi rapidement dans cette diversification. « C’est un superbe outil pour la valorisation de l’herbe », estime Alain.

Dès le début, les éleveurs ont apposé des recettes sur leurs paquets de 300 grammes. « On a commencé par la purée au foin, raconte Alain, et avec le filet mignon au foin. ». C’est ensuite un article, publié dans un journal local, qui les a véritablement lancés. Quelques minutes à peine après sa parution sur le site internet, Alain a été contacté par un restaurant étoilé.

L’auberge de la Mine, décorée d’un macaron au Michelin, se trouve à une trentaine de kilomètres du Gaec. Et pour le chef Hubert Novis, qui cuisine le foin depuis quelques années, se fournir près de l’auberge était un véritable atout. Il a d’ailleurs soutenu les éleveurs en rédigeant à son tour une recette pour les étiquettes des sachets.

La gamme s’étoffe

« Aujourd’hui, on a quatre recettes », s’enorgueillit Alain. Outre la glace au foin d’Hubert Novis, on trouve également la cuisse de canard fumée au foin d’André Daguin, une recette transmise par son fils, Arnaud, lui-même chef cuisinier. Profitant de leur popularité dans le milieu de la gastronomie, Alain et Michel ont d’ailleurs lancé un nouveau format de sachet de 1,5 kg, à destination des professionnels.

Ce sont près d’un millier de sachets que les éleveurs auraient écoulé cette année. « On n’en vend pas encore des quantités astronomiques », reconnaît Alain. Développer les ventes, et se faire connaître, c’est d’ailleurs tout l’enjeu de sa présence sur le salon de l’agriculture cette semaine. Alain, Adrien et Lucien proposent ainsi aux visiteurs de goûter quelques plats préparés avec leur foin, dont une délicieuse coquille Saint-Jacques, immédiatement validée par la France Agricole.

« À partir d’un produit aussi bête que le foin, on arrive à des horizons incroyables », s’étonne Alain. Les éleveurs sont en train de nouer de nombreux partenariats avec des entreprises normandes du secteur agroalimentaire. La « limeuhnade », infusée du foin de la Claie est ainsi déjà commercialisée par Meuhcola. « On a aussi eu des échantillons de gelée, de biscuits, ou même de glace. Et c’est pas terminé ! ».

Ivan Logvenoff