« Les ventes au détail de viande bovine semblent constituer une base solide, ce qui les rend de plus en plus indépendantes de l’équilibre offre/demande en porc », rapporte Jean-Marc Chaumet, expert à l’Institut de l’élevage (Idele) sur le site d’information consacré à l’analyse de l’économie de l’élevage en Chine (Abcis).

D’après l’économiste, l’épidémie de coronavirus avait déclenché une consommation accrue de viande bovine à domicile. Et « avec la normalisation de la vie post-Covid, ces habitudes ont perduré », malgré la chute du prix du porc.

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L’offre nationale progresse

En parallèle, l’offre nationale de viande bovine a progressé de 3,7 % en 2021 par rapport à l’année précédente, « pour atteindre un nouveau record à près de 7 millions de tonnes équivalent carcasse (tec) », précise Abcis.

Selon l’USDA, le cheptel bovin chinois, très majoritairement allaitant, aurait progressé de plus de 4 % sur un an, pour dépasser les 95 millions de têtes. Les prix élevés des animaux gras, établis à 4,7 €/kg vif en moyenne sur l’année 2021, motivent les éleveurs à étoffer leur cheptel, explique Jean-Marc Chaumet.

Nouveaux records battus à l’importation

Mais « la hausse de la production n’a pas suffi à satisfaire la demande chinoise, qui repose en partie sur les importations », poursuit l’économiste. Ces dernières se sont situées à près de 2,9 millions de tec (+9 % par rapport à 2020) en Chine continentale, « confortant la place du pays comme premier importateur mondial de viande bovine ». Avec Hong Kong, les achats chinois atteignent 3,28 millions de tec.

Parmi les fournisseurs, l’Amérique du Sud conserve le monopole : elle représente à elle seule près des trois quarts des volumes importés par l’empire du Milieu. Le Brésil, qui pèse pour 38 % des achats, reste son principal pourvoyeur. Mais à cause de l’embargo imposé par les autorités chinoises, les volumes expédiés ont stagné à 1,1 million de tec en 2021.

Les achats en provenance de l’Argentine, deuxième fournisseur, ont quant à eux reflué de 6 %, « compte tenu des restrictions aux exportations mises en place par le gouvernement argentin ». Ils ont été en partie compensés par les envois dynamiques de viande uruguayenne (+55 %).

L’Australie et l’Irlande toujours pénalisés

Du côté de l’Australie, plusieurs établissements ont été interdits d’exporter vers la Chine. Les envois de viande bovine en provenance du pays sont tombés à 201 000 tec en 2021 (–36 %). Les déboires de l’Australie ont profité à la Nouvelle-Zélande, mais aussi « à la viande étasunienne dont les volumes importés en Chine continentale ont été multipliés par cinq d’une année sur l’autre (soit 6 % des importations) ».

Sur le vieux continent, les volumes expédiés ont été divisés par quatre, à 3 500 tec. « L’Irlande, qui était le premier fournisseur européen, subit depuis mai 2020 un embargo chinois », soulève Abcis.

© Abcis

Dans les perspectives à venir, « les importations chinoises pourraient marquer le pas », fait savoir Jean-Marc Chaumet. Les mesures de restriction à l’encontre du Brésil, levées qu’en décembre 2021, et celles toujours en place sur les viandes australiennes et irlandaises pourraient affecter la réception des volumes au début de 2022. « Les confinements dans de nombreuses villes chinoises, dont Shanghai, devraient également freiner les flux d’importation et ce, pour plusieurs mois », ajoute-t-il.

Lucie Pouchard